En Ashtanga Yoga, le regard n’est jamais un détail : il oriente la posture, rassemble l’attention et apaise le mental. Cette News Letter consacrée au Drishti rappelle que les yeux restent ouverts dans la pratique, mais qu’ils apprennent à voir autrement. Le regard devient alors un chemin vers la plénitude, au même titre que le souffle et les Bandha(s).
Le regard, chemin vers la plénitude
Cette « News Letter » n° 4, a été écrite en octobre 2012 à Athènes – Grèce
Le regard, chemin vers la plénitude…
» Nava drishti praquir titaha «
«Oh yoguin, ne pratique pas le Yoga sans dhristi…»
Vāmana Ṛṣi (devanāgarī : वामन ऋषि),
Yoga Korunta

Dans la pratique de l’Ashtanga yoga, les yeux sont ouverts. De même lorsque l’on conduit un véhicule, que ce soit une voiture, une moto ou une bicyclette on regarde la route dans la direction où l’on va, autrement c’est l’accident.
Le yoguin est a la fois le véhicule, celui qui conduit et le but du voyage. Cette image classique dans la pensée indienne que l’on la trouve aussi chez Platon, désigne les différents plans de la conscience humaine:
« Le corps est comme un char
l’âme (atman) en est le maître
l’intelligence (buddhi) en est le cocher
l’esprit (manas) joue le rôle des rênes
quant aux chevaux ce sont les sens (indriya):
le monde est leur carrière. »
Le yoguin est donc à la fois le moyen (sadhana), la discipline (le regard, la concentration), et le but: l’Union au Soi, l’âme individuelle (jîvatman). Cette étincelle divine est présente en nous, comme un joyau caché dissimulé, dans la « caverne du cœur ».
Sur la route mythique de la Transhilayenne, aux courbes sinueuses d’Ida & Pingala, pour cette odyssée vers notre âme intérieure, nous devons garder les yeux ouverts, pour ne pas tomber dans le précipice de maya, l’illusion.
Dhristi, ce n’est pas uniquement un lieu de regard, mais aussi un moyen de concentration, une direction, un mouvement donné aux fascias (le tissus conjonctif qui enveloppe nos muscles).
Pour rappel, notre corps est un système composé d’éléments en interaction. Toute modification d’un élément du système rejaillit sur les autres. Nos muscles forment des chaînes musculaires. Toute action à un endroit de la chaîne aura une répercussion immédiate à distance sur la même chaîne.
Le professeur Ph. Souchard, collaborateur de Mme Mézières, donne un exemple frappant: « si nous supprimons un creux, en tirant sur les muscles spinaux, un autre creux s’approfondit. En d’autres termes, si nous tirons à une extrémité des grands muscles dorsaux (spinaux) la tension se déplace et s’exprime de l’autre côté (augmentation du creux)».
C’est très important à comprendre, pour toutes les postures de flexion. Car en effet, la chaîne musculaire dont font partie les muscles spinaux commence à la base du crâne et se prolonge jusqu’aux pieds. Donc, pour allonger les muscles du dos, vous devez regarder vos pieds (Padãyour Dhristii), autrement vos muscles rentrent en résistance et si vous travaillez sans le contrôle abdominal, vous allez vous faire mal au bas du dos.
Je vous souhaite de redécouvrir la direction du regard, le bon sens musculaire, le bon rythme, retrouver l’harmonie avec vous-même, être dans le présent du coeur, du souffle et du corps.
Om Shanti,
JC Garnier

Autrement dit, chère yoguini & yoguin avec de l’humour moderne :
» Y a-t-il un pilote dans l’avion ? «
Om Shanti,
Conclusion
Le Drishti aide le pratiquant à ne pas se perdre dans l’agitation extérieure. En posant le regard, la posture devient plus stable, le souffle plus lisible et la pratique plus méditative.