Devenir professeur d’Ashtanga Yoga ne s’apprend pas en quelques semaines : c’est l’affaire d’années de pratique, au sein d’une lignée. C’est tout le sens de notre formation, transmise dans la filiation directe de Sri K. Pattabhi Jois. Avant d’en présenter le cadre, laissons la parole à R. Sharath Jois, son petit-fils, qui rappelle avec force ce qu’exige une transmission authentique.
Le message de R. Sharath Jois
Un certificat ne fait pas un professeur
« Dans ce monde moderne, tout est instantané. Personne n’a de patience. Tout le monde veut tout obtenir le plus rapidement possible — et c’est devenu vrai aussi pour le Yoga. Dans beaucoup d’endroits, on vous certifie enseignant en quinze jours ou un mois. Le Yoga prend de l’ampleur, mais devient fou aussi. Ce n’est pas le Yoga qui devient fou : ce sont les gens qui en font quelque chose de fou. Ils ne comprennent pas le sens du Yoga, sa pureté. Un professeur de Yoga devrait toujours maintenir la pureté de la pratique. »
Sharath illustre son propos d’un souvenir d’enfance : comme il croyait, après avoir vu Enter the Dragon, que tout Chinois ou Japonais connaissait forcément les arts martiaux, beaucoup imaginent aujourd’hui que toute personne en habit traditionnel indien est un yogi. D’où l’importance du choix du professeur : « quelqu’un qui peut vous guider correctement, qui pratique depuis de nombreuses années, et qui émane d’une lignée ».

Le paramparā : apprendre par la lignée
« La Bhagavad-Gītā dit tout de la pratique du yoga en dix-huit chapitres, et comment l’apprendre par le paramparā — la transmission au sein d’une lignée. Comme Krishnamacharya a appris de Ramamohan Brahmachari ; comme Pattabhi Jois a appris de Krishnamacharya. Il s’agit d’une transmission — pas d’une cabine téléphonique que l’on ouvre au coin de la rue. Pour qu’un professeur transmette la connaissance à ses élèves, il doit d’abord apprendre durant de nombreuses années et l’expérimenter en lui-même. »
Les quatre D : dévotion, dévouement, discipline, détermination
« Si vous pratiquez un an, deux ans, trois ans, vous n’atteindrez pas la profondeur du Yoga. Tant que vous vous contentez de naviguer à la surface, vous vous ennuierez et n’apprendrez rien. Mais une fois que vous plongez dans les profondeurs, vous en découvrez la beauté. Cela ne s’expérimente qu’avec de la dévotion, du dévouement, de la discipline et de la détermination — les quatre D. »
Sharath rappelle que la pratique posturale n’a de sens que reliée aux yama et niyama — la non-violence (ahiṃsā), la vérité (satya) : « Quel est l’intérêt d’un beau corps si nous n’avons pas un cœur bon ? » L’āsana est la fondation d’un édifice spirituel — et une fondation doit d’abord être juste.
La relation guru–śiṣya
« La relation entre un guru et son śiṣya est comme une relation père-fils. Ma source d’inspiration, c’est mon grand-père. Chaque jour, à 3 h 30, il psalmodiait ; à 4 h, il était prêt à donner sa classe. J’ai appris en le regardant et en l’assistant durant des années. C’est seulement ainsi que le savoir se transmet. »
Ce que cela signifie pour notre formation
C’est exactement l’esprit de notre formation de professeur. Elle s’inscrit dans la lignée de Pattabhi Jois, portée par l’expérience de Jean-Claude Garnier, qui enseigne depuis 1974. Elle se déroule sur trois ans — sessions mensuelles et stage annuel — selon un parcours « en spirale » où les acquis de la première année résonnent en troisième. On n’y forme pas des détenteurs de certificat, mais une relève authentique, rigoureuse et humble, capable de relier l’Ashtanga, l’anatomie, la philosophie et la pédagogie. « Ressens et vérifie par toi-même. »
