Karma (कर्म), de la racine sanskrite « KRI », signifie « acte », « action » ou « rite ». C’est la loi de cause à effet au cœur des philosophies indiennes : chaque action physique, mentale ou verbale entraîne des conséquences inévitables sur la vie présente ou future d’une personne. Ce sont le désir et les œuvres qui enchaînent l’âme à la matière.
- Origine :Vient du sanskrit karman.
- Piliers :Fondamental dans l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme et le sikhisme.
- Cycle :Lié directement au cycle des réincarnations (Samsāra).
- Nature :Ce n’est pas une punition divine, mais un écho naturel de nos actes.
Le karma ne régit pas uniquement notre existence actuelle, il agit aussi sur le déroulement futur du flux migratoire du principe vital : l’Âme. La vie présente n’est que l’union momentanée de l’âme avec un corps défini. Ainsi, dans les temples indiens, l’utilisation de certains motifs géométriques interconnectés et de nœuds symbolise précisément ces liens du karma.
Ce concept est propre aux spiritualités orientales ayant adopté l’idée de renaissance (parfois nommée réincarnation, transmigration, ou encore métempsycose dans le contexte de la Méditerranée antique). Pour autant, cette conception n’est pas fataliste : l’individu peut à chaque instant produire de nouveaux actes qui modifieront le cours de son destin (voir Fernand Schwarz, La tradition et les voies de la connaissance, Éditions NA, 1991, p. 76).
Dans l’architecture sacrée de l’Inde (hindoue, bouddhiste et jaïne), les sculptures ne sont jamais purement décoratives. Les motifs entrelacés, les réseaux de lignes et les nœuds de pierre traduisent visuellement des concepts métaphysiques complexes, en particulier la loi du karma et la structure de l’univers.
- Les nœuds et le Karma : la métaphore de l’interconnexion
Dans de nombreux temples, on observe des frises de nœuds sculptés et des formes géométriques infiniment entrelacées.
- L’absence d’isolement :Visuellement, chaque boucle d’un nœud en touche une autre. Cela illustre qu’aucune action n’est isolée. Vos paroles ou vos actes créent une vibration qui se répercute sur quelqu’un d’autre, dont la réaction affectera une tierce personne, créant une boucle sans fin.
- Le libre arbitre au centre :Souvent, au milieu de ces entrelacements complexes, une figure ou une divinité est représentée. Elle n’est pas vue comme une victime du destin, mais comme le créateur des conséquences : l’humain est au centre du nœud qu’il tisse lui-même.
- Le lien à la matière :Le nœud symbolise aussi l’attachement (Bandha). Ce sont nos désirs et nos actes qui « nouent » l’âme divine au corps physique et au monde matériel.
- Le Nœud Éternel ou Infini (ShrivatsaouGranthi)
C’est l’un des motifs les plus célèbres, partagé entre l’hindouisme, le jaïnisme et le bouddhisme (où il fait partie des Huit Signes Auspicieux « aṣṭamaṅgala » « अष्टमङ्गल »).
- Une ligne sans début ni fin :Ce motif fermé représente la continuité parfaite de la cause et de l’effet. Le présent est le fruit du passé, et la graine du futur.
- L’interdépendance universelle :Il rappelle au dévot qui entre dans le temple que tout dans le cosmos est intimement lié : l’esprit et la matière, le spirituel et le temporel.
- Les motifs fractals et les réseaux géométriques
L’architecture globale des temples (notamment les plafonds et les tours appelées Shikhara ou Vimana) utilise des motifs qui se répètent à des échelles différentes (fractales).
- Le microcosme et le macrocosme :Ces motifs répétés à l’infini montrent que le petit (l’individu, l’atome) contient les mêmes lois géométriques que le grand (le cosmos, le divin).
- Le filet d’Indra :Dans la philosophie indienne, l’univers est comparé à un filet de soie géant s’étendant à l’infini, où chaque intersection contient une perle précieuse. Chaque perle reflète toutes les autres perles du filet. C’est l’image parfaite du karma : toucher à un fil du réseau fait vibrer l’immensité du tout.
En marchant autour du sanctuaire (la Pradakshina), le fidèle observe ces nœuds et ces formes pour ancrer son esprit et comprendre qu’en purifiant ses actes, il peut un jour dénouer ces liens et libérer son âme.