Quand tout va mal : yoga et lumière intérieure

Quand tout va mal, le yoga peut devenir un appui intérieur simple, concret et profondément humain. Cette lettre n’offre pas une recette magique : elle propose plutôt une manière de changer de regard, de retrouver un peu d’énergie et d’avancer pas à pas vers plus de lumière.

Une lettre pour traverser les moments difficiles

Cette « News Letter » n° 9, a été écrite en décembre 2011 à Mahābalipuram – Inde du sud

Des ténèbres vers la Lumière, la voie du Yoga chemin vers la plénitude…
Par Jean Claude Garnier

Des ténèbres vers la Lumière
Des ténèbres vers la Lumière

Lettre à qui en a besoin, quand tout va mal…

Voici quelques trucs qui m’aident personnellement à naviguer dans les eaux troubles. Premièrement, j’essaie de penser à partir d’une croyance qui n’est pas nécessairement réelle mais qui est très utile, soit la suivante :

« Si une situation arrive, quelle quelle soit, c’est qu’elle est à mon avantage. »

Ce n’est pas toujours facile d’utiliser cette croyance, mais le simple fait de réfléchir à cette idée nous permet, pour quelques instants, de changer notre point de vue et de retrouver notre énergie.

Une autre question que tu peux te poser est la suivante :

« Quelle est la leçon de vie que je dois en tirer ? »

Tu peux aussi adopter un point de vue différent en te disant :

 » Bon ! Ça ne va pas bien. Je suis tombé dans ma vie. Qu’est-il arrivé au juste ? Que dois-je apprendre pour m’assurer qu’à l’avenir cette situation ne revienne pas ? « …

Lorsque tout va mal, on perd nos repères et nous tombons parfois dans un cercle vicieux, ce que j’appelle le moment négatif. Le moment négatif, c’est lorsqu’on se sent de plus en plus mal et qu’on ne fait que se concentrer sur le négatif. La meilleure façon de se sortir du négatif est de se rappeler de la vérité suivante : Nos deux repères sont le « Moment Présent et Nos émotions ».

Si tu utilises comme repère les deux variables dont je viens de faire mention, tu pourras toujours te retrouver.

En ce moment, qu’est-ce que je peux faire pour me sentir un petit peu mieux ? Je ne parle pas ici de passer d’un état de désespoir total à un état de passion et de confiance absolue. Je cherche plutôt quels sont les gestes concrets que je peux faire en ce moment pour me sentir un petit peu mieux. Dans le fond, ce sont les deux seules variables stables dans notre vie : le moment présent et nos émotions. Si tu utilises d’autres critères pour te guider, tu as toutes les chances du monde hélas, de tomber dans le moment négatif

Je te conseille aussi de t’assurer que tes énergies soient équilibrées. Tu peux utiliser n’importe quelle technique, que ce soit la marche, le reiki, un massage, le chant, jouer d’un instrument, peindre, etc.

Thich-Nhat
Thich Nhât Hanh

Comme le dit Thich Nhât Hanh dans son livre sur « La colère » : ne te laisse pas détruire par elle, utilise cette merveilleuse force pour aller plus loin…

Le yoga, comme d’ailleurs bien d’autres disciplines, nécessite de trouver son deuxième souffle… Quand tu as la chance de toucher à ta limite, c’est la limite du premier souffle, pour trouver ton deuxième souffle, il suffit de t’abandonner à la loi divine… Īśvara praņidhānā – YS II, 1.

Quand tu souffres et pleures sur ton tapis réjouis toi…Car, comme le dit si merveilleusement bien Mère Theresa :

Mother Teresa
Mother Teresa

« Quand on aborde la douleur et l’accepte ;
la douleur mène à l’AMOUR »

Mère Theresa

Et Arnaud de dire : 

«Vous avez peur de vivre parce que vivre c’est prendre le risque de souffrir»
Arnaud Desjardins (dans « L’audace de vivre ») 

 

OUI ? EN EFFET à ce moment-là je mets tout en œuvre pour que tu continues… 

C’est un leurre de croire que l’on peut avancer dans la douceur…

Le Bouddha a déclaré que la raison majeure qui retient les êtres dans le saṃsāra (संसार) et les empêche de devenir éveillés, c’est qu’ils ne comprennent pas pleinement Duḥkha (Dīgha Nikāya, 16, 2, 1).

Siddhārtha Gautama Bouddha
Siddhārtha Gautama Bouddha

Exposé de la première noble vérité du Bouddha

« Voici, ô moines, la noble vérité de Duḥkha : la naissance est Duḥkha, vieillir est Duḥkha, la maladie est Duḥkha, la mort est Duḥkha, le chagrin et les lamentations, la douleur, l’affliction et le désespoir sont Duḥkha, être uni avec ce que l’on n’aime pas est Duḥkha, être séparé de ce que l’on aime ou de ce qui plaît est dukkha, ne pas obtenir ce que l’on désire est Duḥkha. En bref, les cinq agrégats de l’attachement sont Duḥkha ».

Il est du devoir d’un bon enseignant de dire à un élève qu’il se trompe, qu’il tourne en rond, ou bien qu’il s’endort, de le réveiller etc.

La pratique incorrecte du yoga est dangereuse, et pas uniquement pour le corps, mais aussi pour le mental. Il ne s’agit pas de renforcer ses défenses etc.

« Le dressage des lions, des éléphants et des tigres demande beaucoup de temps et de prudence, de la même manière le prānā (souffle) doit être maîtrisé lentement et progressivement selon la capacité et les limites physiques de chacun. Sinon il tuera l’élève. »
(Haṭhayogapradīpikā, II, 15)

Une pratique incorrecte ne sert effectivement à rien, sinon à se faire du mal, au niveau musculaire, articulaire, énergétique et mental à renforcer les défenses, même les sportifs le savent très bien, si tu joues au tennis ou au golf avec un mauvais mouvement…

Il vaut peut être mieux manger des gâteaux…  Si on se rappelle les expériences du professeur Henri Laborit, spécialiste du comportement humain et philosophe, il introduisit les neuroleptiques et aussi auprès du grand public les neurosciences : « Il n’y a pas de différence entre manger des gâteau, prendre des médicament, faire du yoga ou du zazen, si on fait cela pour échapper à son angoisse… »

On ne va pas arriver à l’état de « Sthira sukham āsanam – YS II-46», merveilleusement traduit par Gérard Blitz par « la posture doit être ferme et agréable », sans effort, sans inconfort, ni douleur…c’est comme penser que l’on peut accéder à une transformation totale de soi-même sans rien faire, sans effort, sans travail assidu…ne pas confondre l’état d’arrivée avec celui du départ et du trajet…

Le départ est difficile, c’est accepter ce que l’on EST… Accepter nos asymétries, déséquilibres posturaux, nos dysfonctionnements neuromusculaires accepter nos tensions très souvent inconscientes et notre respiration dysharmonieuse et accepter le contenu psychique de nos tensions.

Gandhi la marche du sel, peinture
Gandhi la marche du sel, peinture

« L’ahimsā n’est pas compatible avec la crainte… Je vois comment je peux avec succès prêcher l’ ahimsā à ceux qui savent mourir, mais non à ceux qui ont peur de la mort »

Gandhi (Lettre à l’āshram, pp. 139/142).

Comme l’exprime si bien Satprem dans le titre d’un des ses livres « Fils du Ciel par le corps de la Terre », c’est à travers le corps de la terre, s le corps dense (sthūla-śarīra) que nous allon à travers la pratique du Yoga, éveiller le corps de lumière, le corps d’énergie (prānāmāya-kośa), le corps symbolique (linga śarīra).

Mais dans ce corps subtil (sūkshma-śarīra), il y a aussi des blocages, des barrages douloureux, accumulations et décharges d’énergie…

Comment parvient-on à cet état d’éternelle et parfaite béatitude que les indiens appellent Mokṣa (मोक्ष), la délivrance, ou pour les bouddhistes le Nirvāṇa (निर्वाण) et que nos amis Tibétains appellent myan-ngan ʼdas-pa (passer au-delà de la souffrance).

Le YOGA est l’un des moyens. Le yoga n’est pas une activité de loisir, ni de bien-être, mais un moyen de transformation psycho-énergétique, une méthode de réintégration psychocorporelle.

Ce que propose le Yoga est donc de discipliner le « véhicule » humain dans ses divers aspects : perceptions et actions, à travers la sensorialité et la corporéité, émotions et pensées à travers le mental et l’intelligence. Le Yoga est donc une discipline et une discipline est un espace de liberté, c’est un cadre de liberté. Or, on pense souvent le contraire : comment une discipline, des contraintes pourraient-elles me donner une liberté ? Dans la Bhagavad Gītā, Kṛṣṇa, कृष्ण enseigne à Arjuna :

Le yoguin fixant son énergie visuelle entre les deux sourcils, égalisant les inspirations et expirations qui cheminent à l’intérieur du nez, maître de ses facultés sensibles, de ses facultés mentale et intellectuelle, le Sage tendu vers la délivrance, sa fin ultime, est dépris du désir, de la crainte et de la colère; il est libéré à jamais. »
Bhagavad Gītā, V,22/28

La voie du yoga, c’est la voie de la douleur vers la douceur…

Le cadre du Yoga est très bien défini (lire les Yoga Sutra). Le pratiquant doit apprendre à s’observer, à sentir sans complaisance ni remontrance, chercher l’état de transparence avec soi-même. Être vrai avec soi-même.

Si on choisit une discipline, un cadre, il est important de se donner les moyens de sa discipline, de la respecter, de se respecter dans son choix, c’est cela le respect de soi, la transparence ce n’est pas la passivité… Seule la discipline va développer une force d’endurance de plus en plus grande, ce qui va permettre le jour où l’on rencontre une difficulté (fatigue, maladie, doute, peur etc.) de continuer notre chemin…

Antoine de Saint-Exupéry en 1935
Antoine de Saint-Exupéry en 1935

Et comme le dit le petit prince :

On ne voit bien qu’avec le cœur,
l’essentiel est invisible pour les yeux.
Antoine de Saint Exupéry

Om Shanti, Paix, Force et Joie profonde

Jean Claude Garnier

Conclusion

Dans les périodes difficiles, la pratique commence parfois par un simple changement de regard. Revenir au souffle, au corps et à l’instant présent peut déjà rouvrir un chemin vers la lumière.

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