Temps circulaire : rythme et pensée indienne

Le temps circulaire est une clé de lecture essentielle pour comprendre la pensée indienne, le rythme de la vie et la pratique du yoga. Cette News Letter relie respiration, mouvement, mythologie indienne et expérience du présent pour montrer que le temps n’est pas seulement une ligne : il peut aussi être rythme, cercle et transformation.

Le temps circulaire dans la pensée indienne

Cette « News Letter » n° 2, a été écrite le 27 août 2012 à
Athènes – Grèce

Le «Temps circulaire»…

Pour rappel, la pensée indienne est basée sur une représentation cosmogonique de la vie et contrairement à la conception et à la perception de la plupart des occidentaux qui présentent l’hindouisme comme une religion polythéiste, pour les indiens le Divin est UN dans son essence.

Hesychios
Manuscrit de Hésychios

Chez les anciens en Inde, le temps est vu de manière cyclique ou spiralée, comme chez Hésychios d’Alexandrie, le grammairien (en grec ancien Ἡσύχιος / Hêsýkhios) qui a écrit que la vie est «chronos tou einai» le «temps de l’être» Si on renverse cette locution comme le propose le théologien Raimon Panikkar cela devient : «le temps est aussi la vie de l’être»,  et cela devient intéressant car la vie c’est la respiration, le mouvement d’inspiration et d’expiration, cette coordination de déplacement dans l’espace sur une ligne, un cercle ou une spirale qui ne va jamais en arrière, or le temps est rythme.

Raimon Panikkar
Raimon Panikkar

Dans la mythologie indienne on fait référence à la qualité du rythme qui peut être création ou destruction, comme le montre si bien Śiva (devanāgarī :िव), le danseur cosmique ou «Natarāja» (le Dieu des Yoguin) dans la danse appelé Tāṇḍava or Tāṇḍava nṛtya, (ताण्डव, ताण्डव नृत्य) .

Shiva peinture de Tanjore
Shiva Natarāja, musée de Tanjore, Tamil-Nadu, South India.

La qualité du rythme qui est soit «création» soit «destruction», c’est comme dans le Jaïna-Yoga décrit par le philosophe indien Jidhu Krishnamurti, la qualité du «silence», qui peut être «positif» ou «négatif».

«Il est infiniment plus important de comprendre notre pouvoir de créer l’illusion que de comprendre la réalité. Ce pouvoir doit cesser complètement, mais non pas en vue d’obtenir la réalité ; on ne discute pas avec le fait. La réalité n’est pas récompense, le faux doit disparaître parce qu’il est faux et non dans le but de trouver la vérité. » 

Nous vivons dans l’illusion la plupart du temps. Nous avons des préjugés, des désirs, des croyances diverses, des opinions et des convictions. Mais tout ceci est le fruit de la pensée, de nos réflexions, de ce qui nous a été rapporté, des médias… Nous voyons le monde à travers le regard des autres. C’est pourquoi il nous est nécessaire, pour nous affranchir de l’illusion, de commencer par l’observer, par comprendre comment nous créons l’illusion, comment nous en arrivons à passer d’une perception immédiate et vraie de ce qui est à une perception gorgée de jugements de valeurs et d’émotions diverses.

Par cette attention, nous affaiblissons progressivement le pouvoir de
l’illusion et saisissons la vérité. En effet, l’illusion est une perception erronée de la réalité, créée par la pensée.
Krishnamurti

Krishnamurti
Jidhu Krishnamurti

«Oh yoguin, ne pratique pas le Yoga sans vinyāsa…»
Vāmana Ṛṣi (devanāgarī : वामन ऋषि), Yoga Korunta 

Comment sortir de māyā (devanāgarī : माया), l’illusion, comment entrer dans le rythme, comment entrer dans le cercle ? la pratique du yoga est l’un des moyens. Le Yoga, c’est une respiration, c’est un mouvement, c’est une danse, le pratiquant appelé le sādhaka (devanāgarī : साधक)  va grâce au rythme de sa pratique parvenir à mokṣa (devanāgarī : मोक्ष), la délivrance, la liberté.

« Adorer Dieu en dansant accomplit toute inspiration
et la voie de la délivrance s’ouvre à celui qui danse » 

Extrait d’un texte ancien , cité dans «Les civilisations de l’Asie»,
Aux éditions  Casterman, ISBN 2-203-15707-0 

Ce n’est pas par hasard, si Śrī K. Pattabhi Jois a appelé son livre «Yoga Mālā». Mālā, c’est le chapelet de prières, comme un collier de perles que sont les postures, le fil en est le souffle victorieux de l’Ujjãyi ininterrompu, on ne va jamais en arrière, mais de perle en perle sans jamais en sauter une, en rythme. Dans le temps rythmique, les postures passent mais ne se répètent pas. Grâce au mūla-Bandha (: मूल बंध), et à l’ujjãyi, la tension est constante dans le fil du collier.

Om Shanti,

JC Garnier

Conclusion

Le temps circulaire rappelle que la pratique ne répète jamais exactement la même expérience. Chaque souffle revient, mais chaque souffle est nouveau. C’est dans ce rythme vivant que le yoga invite à retrouver le présent.

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