Dans la pratique du yoga, la douleur ne doit jamais être ignorée, mais elle mérite d’être comprise avec précision. Cette News Letter poursuit la réflexion sur la relation entre inconfort, peur, résistance et transformation. Elle invite à pratiquer avec discernement, sans brutalité, mais sans fuite automatique.
Comprendre la douleur dans la pratique du yoga
Cette « News Letter » n° 8 a été écrite en novembre 2011 à Athènes – Grèce
Des ténèbres à la Lumière, ou de la douleur à la douceur, la voie du Yoga chemin vers la plénitude…
Par Jean Claude Garnier
Mais qu’en est-il de la douleur dans la pratique du Yoga ?

« Les douleurs légères s’expriment; les grandes
douleurs sont muettes. »
Sénèque
Devons-nous l’éviter ? Trouver des astuces pour l’esquiver ? Ne pas pratiquer la posture ou les postures qui provoquent de l’inconfort, de la douleur ou de la peur ?
D’ou vient la douleur dans la pratique du Yoga ?
La douleur est-elle une réaction de défense ? Qu’est-ce qu’elle défend ?
La peur d’ou vient-elle ?
Notre corps de matière dense est conditionné de son propre intérieur par :
- Sa structure porteuse
- Son système musculaire
- Son système organique
- Son système énergétique
- Son système psychique
- Son système mental
- La théorie des « traces », latence, rémanence du passé de notre vie, ou des vies antérieures…
- Et son système spirituel
C’est ce qui nous conditionne et nous détermine de manière unique…
Si on accepte l’injonction de Socrate « Connais-toi, toi-même ! », comme la clé de voûte de l’intelligence corporelle, émotionnelle & spirituelle, il faudrait être conscient, « éveillé » à nos diverses sensations au fur et à mesure de leur venue.
On pourrait penser, à tort, que nos sensations sont justes. Nous gardons tous en mémoire des informations diverses refoulées, qui remontent parfois à la surface de la conscience, réactivées par des circonstances liées à notre présent. Par exemple : Vous êtes d’humeur triste, une personne croise votre chemin, son parfum réveille un souvenir heureux, en quelques millièmes de seconde votre humeur change ; ou bien l’odeur corporelle d’une personne réactive un sentiment négatif et vous pensez que cette personne vous veut du mal… Dans le travail postural, qu’un sentiment d’étrangeté vous effleure et c’est la panique, cette posture n’est pas pour moi…
L’esprit émotionnel est beaucoup plus rapide que le mental rationnel, il entre en action en quelques millisecondes excluant la réflexion analytique qui est le propre de l’esprit pensant.
Selon Paul Ekman*, la rapidité avec laquelle les émotions s’emparent de nous, est essentielle à leur caractère hautement adaptatif, elles nous mobilisent pour réagir à des événements pressants sans se poser de question.
Paul Ekman et ses collaborateurs ont démontré que l’expression des émotions commence par les mouvements des muscles faciaux dans l’espace de quelques millièmes de seconde, accompagnés des changements physiologiques caractéristiques comme par exemple accélération du rythme cardiaque et modification respiratoire.
C’est exactement ce que nous ressentons, lorsque nous éprouvons une « douleur » ou une peur consciente ou inconsciente dans le travail postural, nous observons une modification du rythme cardiaque (plus souvent une augmentation des pulsations, plus rarement une sidération, chute brutale du rythme), et des changements au niveau respiratoire (souvent une accélération avec une perte d’amplitude), l’ensemble étant accompagné de contractures musculaires le plus souvent inconscientes…

«Vous avez peur de vivre parce que vivre c’est prendre le risque de souffrir»
Arnaud Desjardins (dans « L’audace de vivre »)
Dans le dictionnaire en ligne Wikipédia à propos de la douleur on peut lire : « La personne a une sensation extrêmement désagréable, voire insupportable, qui peut provoquer un mouvement réflexe de retrait (au niveau des membres et des extrémités) ou un changement de position du corps »
C’est exactement ce qui se passe dans la pratique posturale du Yoga nous avons envie d’effectuer un retrait, de ne pas faire cette posture de « l’oublier ».
Or, que fait un jardinier face à une plante qui souffre, il en prend soin, il ne la met pas en retrait, ni ne l’oublie. Il va lui parler, l’encourager, lui donner des soins appropriés. Et elle va devenir la plus belle de toutes ses fleurs, et elle va fleurir…
Il n’y a qu’une seule lettre à changer, pour aller …
De la dou »l »eur à la dou »c »eur…
«Toutes les actions ou prétendues actions sont accomplies dans le but
d’échapper à la souffrance et d’atteindre le bonheur.»
Arnaud Desjardins (Extrait de « Tu es cela »)
Voici pour vous aider si vous en avez besoin ou pour vos élèves, un programme d’étude pour la connaissance de soi-même, lorsque vous êtes face à une difficulté, une douleur ou une peur dans votre pratique du Yoga (d’après les ouvrages : Self Science et The Subject Is Me, de Karen F. & Harold Q. Dillhunt, Edition : Goodyear Publishing, 1978).
1. Connaissance de soi : observer et identifier ses émotions ; se donner un vocabulaire pour les traduire ;
2. Prendre des décisions : examiner ses actions et prendre conscience de leur conséquences ;
3. Accepter & intégrer ses émotions : surveiller son « discours intérieur » en vue d’y déceler des éléments négatifs comme de l’autodénigrement ;
4. Diminuer ses tensions : comprendre l’intérêt de l ‘exercice physique postural et respiratoire, du travail de symbolisation,
5. Empathie : reconnaitre les sentiments et les préoccupations des autres ; comprendre leur point de vue.
6. Communication : exprimer efficacement les émotions ; savoir écouter et poser les bonnes questions ; faire la séparation entre les paroles ou les actions d’une personne et vos réactions.
7. Ouverture à l’autre : valoriser l’ouverture et établir la confiance dans les relations avec les autres ; savoir quand il est approprié de parler de ses émotions, douleurs et peurs personnelles.
8. Lucidité : identifier chez soi-même et chez les autres ses prédispositions à la vie et ses répercussions affectives.
9. Acceptation de soi : éprouver de la fierté de se voir sous un jour positif ; reconnaître ses forces et ses faiblesses ; être capable de rire de soi-même.
10. Responsabilité personnelle : assumer ses responsabilités ; reconnaître les conséquences de ses décisions et de ses actions, tenir ses engagements (par exemple, dans l’étude du yoga).
11. Certitude : exprimer ses préoccupations et ses sentiments sans colère ni passivité.
12. Dynamique de groupe : participer, savoir à quel moment commander et comment, et à quel autre se laisser guider.
13. Résolutions des conflits : savoir se montrer loyal dans les conflits avec ses frères, avec ses parents et ses maîtres ; négocier des compromis où toutes les parties seront reconnues.
Pour rappel Sri Patañjali …
D’après B.K.S. Iyengar, Sri Patañjali décrit dans les Yogas Sutra(s) les moyens de dépasser les tourments du corps et de l’esprit, obstacles à l’évolution spirituelle …
« Patañjali n’a pas traité que du yoga, mais aussi de grammaire et de médecine. Les Yogas Sutra(s) sont son œuvre maîtresse, la distillation de la connaissance humaine. Tels des perles enfilées sur un fil, ils forment un précieux collier, un diadème de connaissance fulgurante. Comprendre leur message et le mettre en pratique permet la transformation de tout l’être en une personne hautement cultivée et civilisée, rare et bénéfique. »
Voici ce que disait Sri T. Krishnamacharya de Sri Patañjali
» Pour exprimer et communiquer nos pensées, nous avons toujours été dépendants du langage. Cependant, à une certaine époque, dans des temps reculés, les hommes ne savaient pas communiquer efficacement entre eux. Cette inaptitude a produit une grande confusion car il ne se comprenant pas, les hommes n’étaient pas capables de remédier à leurs maladies physiques et psychiques.
En fin de compte, ils se réunirent et prièrent Dieu, lui demandant de les secourir, puisque leur expression verbale déficiente entraînait une pensée déficiente, une mauvaise santé et des maladies. Touché par leur grand esprit de pénitence, Dieu envoya sur terre un avatar ayant la forme d’un serpent (ãdishesha) pour apaiser les problèmes des humains.
Ce petit serpent tomba (pata signifie tomber) dans les mains tendues (anjali) de l’assemblée, et manifesta sa vraie forme – celle d’un serpent à mille capuchons. Dans sa sagesse infinie, il enseigna aux hommes à communiquer efficacement grâce à trois ouvrages :
- Un traité de grammaire appelé Mahâbhâshya, pour la communication
- Un traité sur la santé et longévité du corps, du cœur & de l’âme, l’Āyurveda, le système traditionnel de médecine indienne
- Et le traité pour la paix mentale les » Yoga-Sūtra « .
Le Bouddha a déclaré que la raison majeure qui retient les êtres dans le saṃsāra (संसार) et les empêche de devenir éveillés est qu’ils ne comprennent pas pleinement Duḥkha (Dīgha Nikāya, 16, 2, 1).

Exposé de la première noble vérité du Bouddha
« Voici, ô moines, la noble vérité de Duḥkha : la naissance est Duḥkha, vieillir est Duḥkha, la maladie est Duḥkha, la mort est Duḥkha, le chagrin et les lamentations, la douleur, l’affliction et le désespoir sont Duḥkha, être uni avec ce que l’on n’aime pas est Duḥkha, être séparé de ce que l’on aime ou de ce qui plaît est dukkha, ne pas obtenir ce que l’on désire est Duḥkha. En bref, les cinq agrégats de l’attachement sont Duḥkha ».
Pour rappel nous avons la même source mythique, dans les trois religions : judéo-chrétienne et musulmane. Les archanges qui sont une catégorie d’anges supérieurs. Le mot archange vient du grec ἀρχάγγελος / arkhángelos composé de « ἀρχι- » / du grec « arkhè » qui veut dire à la fois « commandement » et « commencement » (c’est, en quelque sorte la « tête ») et de « ἄγγελος » / « ángelos » « messager ».
Les trois archanges principaux :
Saint Michel, prince des armées célestes terrassant le dragon (Mont St Michel), il est mentionné dans l’Apocalypse de la Bible et dans le Coran (sourate 2 versets 98),
Saint Gabriel, le messager céleste, apparaît dans le judaïsme, le christianisme et l’islam (Djibril ou Jebril).
Saint Raphaël, le guérisseur et protecteur des voyageurs mentionné dans le coran sous le nom de Israfil « اسرافيل« .
LE YOGA : Lorsqu’il s’agit de déployer une puissance hors du commun, c’est l’Archange St Michel, le guerrier, dont le nom signifie « Qui est comme Dieu » (étymologiquement EL « dieu » et MI, CHA « qui est semblable ») qui est envoyé. (Apocalypse 12,7)
LA GRAMMAIRE : C’est l’Archange St Gabriel, le messager qui annonce à Zacharie que sa femme Élisabeth aura un fils qu’il appellera Jean, puis il annonce à la Vierge Marie la naissance de Jésus. Son le nom signifie « Force de Dieu », qui a été envoyé. (Évangile de Luc, Luc 11-20 et Luc 26-38) (Psaume 23,8). Le Pape Pie XII a écrit a propos de Gabriel dans «L’apostolique du 12 janvier 1951 », « qui apporta au genre humain, plongé dans les ténèbres et désespérant de son salut, l’annonce longtemps souhaité de la Rédemption des hommes », « céleste patron de toutes les activités relatives aux télécommunications et de tous leurs techniciens et ouvriers ».
LA MEDECINE : C’est l’Archange St Raphaël, son nom signifie « Dieu guérit ». (De l’hébreu : rapha- : guérir et -El : Dieu ; c’est-à-dire « Dieu guérit ») (Tobie 11,17). Il est aussi comme Ganeśa dans la tradition indienne le Saint Patron des « voyageurs sur terre, sur mer et dans les airs ». Dans l’Islam son nom est en arabe Israfil (ﺇﺳﺮﺍﻓﻴﻞ). Il souffle dans sa corne le « souffle de la vérité » le « Jour du Jugement ».
Que ce soit dans la tradition indienne du yoga ou dans les trois religions judéo-chrétiennes et musulmane, ce sont les trois voies offertes à l’homme, comme les trois vertus théologales de la Sainte Trinité, la Foi, L’Espérance et l’Amour pour rejoindre le Divin.
Si nous comprenons bien le sens de la sādhanā* yoguique, nous avons trois pôles que nous devrions rencontrer dans notre ascèse :
ï Le Yoga, cette force gymnique « qui est semblable à une puissance hors du commun, celle de Dieu ».
ï La médecine, ce voyage est celui d’une vie, le chemin étant long à parcourir, il vaut mieux être en bonne santé.
ï La grammaire, c’est-à-dire la communication avec nous-même pour mieux nous connaître et échanger avec les autres, pour obtenir l’état de transparence.
* Le Sādhanapāda, est le second chapitre des Yoga Sūtra de Patañjali traitant de la Voie de la réalisation. La sādhanā induit la notion d’effort pour atteindre un objectif et, dans l’usage courant, proche de la notion d’ascèse
Om Shanti,
Jean Claude Garnier
Conclusion
La douleur peut devenir un signal précieux lorsqu’elle est accueillie avec attention. Dans le yoga, l’enjeu n’est pas de forcer, mais d’apprendre à transformer la résistance en intelligence du corps.

