Cette réflexion sur le yoga et le corps interroge une question centrale : suis-je seulement mon corps, ou le corps peut-il devenir un chemin vers l’Unité ? À partir de la pratique posturale, ce texte invite à dépasser l’apparence pour retrouver une expérience plus profonde de présence, de conscience et de transformation intérieure.
Le Yoga et le corps
Cette « News Letter » n° 11, a été écrite en décembre 2013 à Mahābalipuram – Inde
Le Yoga et le corps…
Le corps «chemin vers l’Unité»…
Beaucoup de problèmes viennent du fait que nous nous identifions avec le corps…
De tous temps, mais de plus en plus à notre époque moderne, les êtres humains s’identifient à leur corps du moins à son apparence. Les soins corporels est un bizness qui rapporte gros : modes, cosmétiques, chirurgie esthétique etc.
L’individu est devenu le reflet dans son miroir ; c’est comme si cette image extérieure que nous voyons de notre corps exprimait toute notre individualité et qu’il soit donc nécessaire de modeler l’image la plus admirable de cette représentation de soi dans son corps. Malheureusement, il en va de même pour certains dans une pseudo pratique du Yoga, d’où le mythe gymnique narcissique de la posture la plus parfaite, la plus belle.
Mais puis-je me réduire et m’identifier à l’image de mon corps ?
« Suis-je mon corps ? » : Question paradoxale de ma part, car j’introduis avec le possessif « mon » une distance entre « moi » et le corps. L’ambiguïté est profonde. Ce corps peut-il être « sujet », et avoir le statut de « JE » ?
Dire que « je suis mon corps », c’est supposer une identité immédiate du corps au statut de « sujet ». Être le « sujet » c’est se placer à l’origine de l’action. C’est un corps sujet. Dans la pensée philosophique indienne du Yoga, le sujet c’est l’observateur, il se « saisit » lui-même dans sa globalité comme genèse de ses actes.
Le chercheur de vérité et ami que fut Lanza del Vasto, premier disciple chrétien de Gandhi, exprime à ce sujet :
« Je suis l’UNITE vivante de tous les éléments qui me composent, je ne suis aucun des éléments qui me composent… »
Lanza del Vasto
Quand je pratique des postures de Yoga, mon schéma corporel n’a pas le même schéma corporel que lorsque je conduis une voiture. Pourtant, en même temps qu’il me donne une conscience d’être, qu’il est mon ouverture au monde, ce schéma corporel contient aussi une grande part d’anonymat. Il est « le contact simultané de mon être avec l’être du monde ». Merleau-Ponty définit aussi le corps comme le « moi naturel » (ce que Husserl appelait l’âme) en tant qu’il est ce par quoi la perception s’opère. Le « Je » ou le « Spectateur », n’est présent qu’à travers la matérialité du corps. Pour C. G. Jung, c’est ce « partenaire intérieur » constitué d’ « anima » & d’ « animus » qui fait de nous un être humain entier qui s’administre de façon indépendante et libre. Pour parvenir à être achevé, il faut être capable d’admettre et de laisser s’exprimer cette part de soi méconnue.
« Chaque fois que vous êtes l’observateur de votre mental, vous dégagez votre conscience des formes du mental et celle-ci devient alors ce qu’on appelle l’observateur ou encore le témoin. Par conséquent, le témoin – conscience pure au-delà de toute forme – se renforce et les élaborations du mental faiblissent. »
Yogasūtra योगसूत्र
Pour illustrer ces propos, écoutons ce que Yehudi Menuhin exprime :
« Un violoniste performant s’entraine continuellement des heures, des jours et des semaines précédant un concert, afin de mettre en place les nombreux éléments qui vont exprimer son potentiel… il sait que quand son corps est exercé, son sang circulant, son estomac léger, son esprit clair, la musique sonne dans son cœur, son violon propre et lustré, ses cordes en bon état, les longs crins de l’archet intégralement et uniformément tendus, puis – mais, alors seulement – il est prêt… »
« Sa position doit être redressée mais souple comme un roseau gracieux, il peut tisser avec la brise tout en restant aligné de la tête aux pieds au travers de la colonne vertébrale. Il est une structure vivante étendue entre les aimants du soleil et de la terre. Tout comme seulement une corde tendue peut vibrer, donc l’étirement du corps du violoniste lui permet de vibrer, il doit se sentir attiré vers le haut, la tête délicatement posée sur les vertèbres, son diaphragme s’élever sur un coussin d’air, tandis que les parties du travail de son flotteur anatomique –c‘est à dire les épaules, les mains et les doigts – s’équilibrent à différents niveaux ».
« De même qu’un homme embrassé par sa bien-aimée ne sait plus rien du « je » et du « tu », ainsi le soi embrassé par le Soi omniscient ne sait plus rien d’un « moi-même » au-dedans ou d’un « toi-même » au-dehors à cause de l’« unité ». »
Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad
बृहदारण्यक उपनिषद्
Om Shanti,
JC Garnier
Conclusion
Le corps n’est pas seulement une image à modeler. Dans le yoga, il devient un lieu d’écoute, de passage et d’unification. C’est par lui, avec le souffle et l’attention, que la pratique peut ouvrir un chemin vers l’Unité.


