Sri T. Krishnamacharya (1888-1989) est l’une des plus grandes figures du yoga moderne : le rayonnement de sa connaissance a profondément influencé le monde entier. Descendant de Nāthamuni, promis dès la naissance à un destin exceptionnel, il aura, au cours d’une vie qui en remplirait plusieurs, fait des rencontres extraordinaires.
Une jeunesse hors du commun
Sri Tirumalai Krishnamacharya naît le 18 novembre 1888, aîné d’une famille de six enfants. Son père, grand maître religieux, prend en main son éducation dans la connaissance des Véda. Doté d’une grande force physique et d’une intelligence peu ordinaire, l’adolescent part à la découverte de son pays, de ses sages et de ses mystiques. Il maîtrisera les disciplines les plus variées — de la lutte au corps à corps aux rituels védiques —, parlera couramment sept langues et approfondira chacun des points de vue classiques de la philosophie indienne, obtenant les plus hautes distinctions.
Bénarès et l’Himalaya
Vers dix-huit ans, à Bénarès, il reçoit en une seule nuit certains secrets de grammaire sanskrite d’un véritable génie, Shivakumar Shāstri. De retour à Mysore, il reçoit trois ans durant un enseignement complet sur le Vedānta. Reparti à Bénarès, puis conseillé par son précepteur de Patna, il gagne à pied l’Himalaya, jusqu’au pied du Kailash — demeure de Śiva et axe de l’univers — et au lac sacré de Mānasarovar, où il apprend et pratique intensément tous les aspects du yoga. C’est ainsi qu’il deviendra l’un des plus grands yogins de son époque.
Le maharaja de Mysore

En 1924, invité par le maharaja de Mysore — qui voyait dans le yoga une aide pour ses maux physiques —, il ouvre une école de yoga dans le palais, qu’il dirigera jusqu’en 1955. Établi à Mysore, âgé d’une quarantaine d’années, il épouse la très jeune Srimati Namaginammal, qui lui donnera six enfants.
Lorsqu’il s’installe à Madras dans les années 1950, il soigne encore deux hommes très en vue, frappés de paralysie : l’avocat Sri T. R. Venkatarāma Shāstrī et Sir Alladi Krishnaswāmi Iyer, l’un des rédacteurs de la Constitution indienne.
La légende du Yoga-Rahasya
On ne connaissait que quelques extraits du Yoga-Rahasya, ouvrage important perdu depuis des siècles. Krishnamacharya affirma en avoir reçu l’intégralité en songe, de la bouche même de Sri Nāthamuni, saint vishnouïte du IXe siècle. Il n’en écrivit les versets qu’en 1965. Le texte insiste sur l’importance du yoga pour les femmes, sa pratique pendant la grossesse, son adaptation à chaque personne et à chaque étape de la vie, et sa valeur thérapeutique essentielle.
Ses fils, Desikachar et Sribhashyam

Deux de ses fils deviendront instructeurs de yoga. L’aîné, T. K. V. Desikachar, dirige à Madras le Krishnamacharya Yoga Mandiram, centre de yoga-thérapie reconnu. Son cadet, Sri Bhashyam, établi à Nice, enseigne en France et en Suisse (école Yogakshemam).
La transmission
Curieux destin, dans son rapport à l’Occident, que celui de la transmission de Krishnamacharya. Parmi ses élèves : Indra Devi, Yvonne Millerand, T. K. V. Desikachar, K. Sribhashyam, Sri B. K. S. Iyengar et Sri K. Pattabhi Jois.



Son enseignement est bien enraciné dans les pays francophones (France, Suisse, Québec), essentiellement par l’action de ses deux fils. Dans les pays anglo-saxons, il est surtout connu à travers l’interprétation qu’en donnent son beau-frère B. K. S. Iyengar et Sri K. Pattabhi Jois, tous deux de réputation mondiale.

Sa mort
Il s’éteint le 28 février 1989 à Chennai, à presque 101 ans. Conformément à la tradition, il n’aura jamais quitté son Inde natale — et pourtant, le rayonnement de sa connaissance a profondément marqué le monde entier.
« Je ne l’ai rencontré que trois fois, mais je n’oublierai jamais sa qualité infinie de présence. »
Jean-Claude Garnier
« Le yoga est le plus grand cadeau de l’Inde au monde. »
Sri T. Krishnamacharya
Pour aller plus loin
Sources : The Yoga of the Yogi — The Legacy of T. Krishnamacharya (Kausthub Desikachar, KYM) ; Shri T. Krishnamacharya 1888-1988, Cent ans de Béatitude ; la revue Viniyoga n° 24 ; les Yoga Sūtra de Patañjali traduits et commentés par T. K. V. Desikachar (Éd. du Rocher) ; The Heart of Yoga (T. K. V. Desikachar).

Film : Breath of the Gods — A Journey to the Origins of Modern Yoga, de Jan Schmidt-Garre (105 min) — un témoignage émouvant sur la vie de Krishnamacharya, évoqué par ses disciples (Iyengar, Pattabhi Jois, Sribhashyam) et ses enfants.
Sites : kym.org · khyf.net · bksiyengar.com · kpjayi.org · yogakshemam.net
