Yoga et douleur : de l’ombre à la lumière

La douleur interroge directement notre manière de pratiquer le yoga : faut-il la fuir, l’écouter, la comprendre ou la transformer ? Cette lettre ouvre une réflexion sensible sur le passage des ténèbres à la lumière, de la douleur à la douceur, au cœur de l’expérience corporelle.

De la douleur à la douceur

Cette « News Letter » n° 7 a été écrite en novembre 2011 à Athènes. Des ténèbres à la Lumière, ou de la douleur à la douceur — par Jean-Claude Garnier.

« On ne voit bien qu’avec le cœur ; l’essentiel est invisible pour les yeux. »
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Hymne à Patañjali

Dans notre quotidien, il est légitime d’éviter la douleur : notre système nerveux nous y incite — la main sur une surface trop chaude s’éloigne par réflexe. Depuis l’enfance, notre éducation nous invite à juger la douleur comme négative. Elle peut venir d’un traumatisme, d’une maladie, d’un dysfonctionnement du système nerveux, ou d’une expérience psychique et morale.

Définir la douleur, d’Occident en Orient

Le Larousse en donne une double définition : une sensation physique pénible, et un sentiment moral — affliction, chagrin. En sanskrit, Duḥkha recouvre la souffrance, l’affliction, l’insatisfaction, l’inconfort, l’angoisse. On distingue Viparināma duḥkha, la souffrance liée au changement ; Saṅkhāra duḥkha, celle du conditionnement (« tout ce qui est de l’ordre de la sensation est de l’ordre de la souffrance ») ; Kleśa, l’affliction ; Hiṃsā, la blessure.

La non-violence, un mythe à dissiper

Gandhi et Śrī Aurobindo ont fait connaître en Occident cette « force d’amour » qu’on appelle non-violence. Mais tous deux ont connu la prison et déclenché des conflits qu’ils jugeaient nécessaires : il ne faut pas confondre la non-violence avec une neutralité qui serait une fuite de soi. Vis-à-vis de soi-même, on la confond malheureusement avec le laisser-aller — alors que le Yoga demande une musculature tonique, une persévérance et une pensée sans faille. Rappelons que Haṭha Yoga signifie « union par la force vive » (et, au sens ésotérique, l’union du Soleil, Ha, et de la Lune, Tha). De même, la tradition catholique demande, pour accéder aux vertus théologales, de développer les quatre vertus cardinales : prudence, tempérance, force et justice.

« La posture doit être ferme et agréable »

On n’atteint pas l’état de Sthira sukham āsanam (Yoga Sūtra II, 46) — « la posture doit être ferme et agréable », selon Gérard Blitz — sans effort ni inconfort. Le départ est difficile : c’est accepter ce que l’on est, nos asymétries, nos déséquilibres, nos tensions inconscientes, notre respiration dysharmonieuse.

Mahatma Gandhi

« L’ahiṃsā n’est pas compatible avec la crainte… Je peux prêcher l’ahiṃsā à ceux qui savent mourir, mais non à ceux qui ont peur de la mort. »
Gandhi, Lettre à l’āshram

Le corps, chemin vers la lumière

Comme le dit Satprem dans Fils du Ciel par le corps de la Terre, c’est à travers le corps dense (sthūla-śarīra) que la pratique du Yoga éveille le corps de lumière, le corps d’énergie (prāṇamaya-kośa). Le Yoga distingue cinq enveloppes (pañcha-kośa) qui entourent le Soi (ātman) : l’enveloppe de nutriment, celle d’énergie vitale, la mentale, celle de l’intellect, et l’enveloppe de béatitude. C’est l’enseignement d’Ādi Śaṅkarācārya, grand maître du Védānta, dans le Vivéka-chūḍāmaṇi.

Ādi Śaṅkarācārya
Ādi Śaṅkarācārya

Om Shanti,
Jean-Claude Garnier

En résumé

La voie du yoga invite à écouter la douleur sans la dramatiser ni la nier. Cette écoute ouvre un passage vers plus de douceur, de discernement et de conscience corporelle.

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