La voie de la tradition orthodoxe

Faire le vide pour trouver la Présence, rencontrer le ciel dans la terre. Dans la tradition orthodoxe, c’est l’expérience qui importe : la rencontre se fait par le vécu sensoriel et émotionnel, non par une théorie. Et l’on y retrouve, étonnamment, la voie du yoga.

« Se voir soi-même dans un autre et dans l’aimé. »
Le père Georges

Icône orthodoxe

Une tradition vécue

La tradition est un vécu « charismatique », au sens de communion — pas seulement une mémoire historique. Comme la tradition hindoue se veut fidèle aux Véda, les Églises orthodoxes se veulent fidèles à l’Évangile et à la Tradition, portée par des témoins : les Pères de l’Église et les Pères du désert. Par leur ascèse et leur vie spirituelle, ils sont comme les Rishi de l’Inde ancienne — ils incarnent et transmettent la Voie de génération en génération, comme les yogis.

La vocation du désert : Sinaï, Athos, Météores

  • Le Mont Sinaï (montagne de Moïse) abrite le monastère Sainte-Catherine (dit de la Transfiguration). Pour gagner le sommet, on emprunte le Siket Sayidna Musa, « la route aux 3750 pas de pénitence ».
  • Le Mont Athos (la Sainte Montagne) réunit vingt monastères, quelque 2000 moines — le « Tibet chrétien ». Pour y séjourner, il faut un permis, le diamonitirion : s’adresser au Bureau des pèlerins de Thessalonique (109 rue Egnatia, 54622 Thessalonique ; fax +30 2310 222424 ; pilgrimsbureau@c-lab.gr ; tél. +30 2310 252578 — le responsable parle français). Un renouvellement de 4 à 8 jours s’obtient à Karyès, la capitale administrative.
  • Les monastères des Météores (Μετέωρα), « suspendus au ciel » — Athanase le Grand fonda le Grand Météore (monastère de la Transfiguration). Six monastères sont encore en activité.

La prière du cœur (Kyrie Eleison)

La prière du cœur, destinée à être répétée sans cesse comme un mantra, est la clef de voûte de la spiritualité de l’Église d’Orient, qui conduit à l’union mystique avec Dieu.

« L’homme est semblable à un arbre : le labeur corporel représente les feuilles, tandis que la garde de l’intérieur est le fruit… tout notre effort doit regarder le fruit, c’est-à-dire la garde de l’Esprit. »
Apophtegmes, Agathon, 8

Tel est l’enseignement des maîtres de l’hésychasme : être attentif à soi-même, rentrer dans son cœur — selon saint Jean Climaque, « aspirer à circonscrire l’incorporel dans le corporel », au lieu de le laisser se disperser au-dehors. C’est ce que le yoga nomme pratyāhāra et dhāraṇā.

Hésychasme et yoga : la même voie

À l’invocation s’ajoutent des conditions extérieures : d’abord la retraite dans la solitude et le silence ; ensuite, une posture corporelle déterminée et un contrôle de la respiration — l’āsana et le prāṇāyāma du yoga.

« Qu’on n’aille pas penser que seuls les prêtres et les moines ont le devoir de prier continuellement, et non les laïcs. Non : tous les chrétiens ont en commun le devoir de se trouver toujours en prière. »
Grégoire Palamas

Dans la pratique de base, il n’y a presque aucune différence entre l’ascète hindou et la voie orthodoxe : c’est par l’ascèse du corps, le contrôle du souffle et la répétition d’un mantra que l’on parvient à l’Ultime.

Pour aller plus loin

  • Petite philocalie de la prière du cœur, Seuil (1979) — ISBN 2020053489.
  • Philocalie des Pères neptiques, Bellefontaine (2004) — ISBN 2855899753.
  • Jacques Vigne, « Non-dualité et mystique chrétienne » — Vedānta et hésychasme (Question de, n° 99-100, 1995).
Vocabulaire

Le mot du jour.

Viparyaya
c’est un terme sanskrit qui signifie, selon les Yoga Sūtra de Patañjali, la connaissance viciée ou le jugement erroné fondé sur les sens au moyen de la…
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