Le mot sanskrit duḥkha s’écrit en devanagari दुःख. En français, il se traduit par « souffrance », « insatisfaction », « mal-être » ou « anxiété ». C’est un concept clé de la philosophie indienne du yoga et du bouddhisme qui désigne la nature impermanente et insatisfaisante de la vie.
Dans les Yoga-Sūtra de Patañjali, le concept de duḥkha (la souffrance) occupe une place centrale. Il sert de point de départ et de motivation pour s’engager sur la voie du yoga, qui est perçu comme une méthode thérapeutique pour éradiquer cette douleur.
- La souffrance est universelle (Sūtra 2.15)
Patañjali affirme que pour le sage (vivekin), tout est souffrance dans l’existence mondaine ordinaire :
« Pariṇāma-tāpa-saṃskāra-duḥkhaiḥ guṇa-vṛtti-virodhācca duḥkham eva sarvaṃ vivekinaḥ »
Cette souffrance globale provient de quatre causes majeures :
- Pariṇāma : Le changement perpétuel des choses, car ce qui fait plaisir aujourd’hui peut causer du chagrin demain.
- Tāpa : L’angoisse et la peur de perdre ce que l’on possède ou de ne pas obtenir ce que l’on désire.
- Saṃskāra : Les empreintes subconscientes laissées par nos actions passées, qui créent des habitudes et des désirs cycliques insatiables.
- Guṇa-vṛtti-virodha : Le conflit permanent entre les trois forces fondamentales de la nature (les guṇas : équilibre, activité, inertie) qui agitent notre esprit.
- Éviter la souffrance future (Sūtra 2.16)
Patañjali pose un principe plein d’espoir et de pragmatisme :
« Heyaṃ duḥkham anāgatam »
« La souffrance qui n’est pas encore venue doit et peut être évitée. »
Le yoga ne s’attarde pas sur le passé, qui est immuable. Il se concentre sur l’avenir en offrant les outils nécessaires pour dissoudre les graines de la souffrance avant qu’elles ne germent.
- La cause de la souffrance (Sūtra 2.17)
Pour éliminer la souffrance, il faut en comprendre l’origine. Patañjali explique que la cause de duḥkha est le reflet ou l’identification erronée (saṃyoga) entre :
- Draṣṭṛ : Le Voyant (la conscience pure, le Soi véritable ou Purusha).
- Dṛśya : Le Vu (le monde matériel, le corps, les pensées et l’ego ou Prakriti).
Nous souffrons parce que nous croyons à tort que nous sommes nos pensées, nos émotions ou notre corps physique, qui sont tous soumis au changement et à l’impermanence.
- Le remède : L’Ashtanga Yoga
Pour faire cesser cette identification erronée et éliminer duḥkha, Patañjali propose la pratique des huit membres du yoga (Ashtanga Yoga). Cette discipline purifie le mental, développe le discernement (viveka-khyāti) et mène à la libération finale (kaivalya), un état au-delà de toute souffrance.