Nous nous croyons droits ; un regard extérieur révèle nos déséquilibres. Cette lettre relie la non-dualité, la précision de la pratique et la transmission du yoga comme relation de confiance — dans la lignée de Sri K. Pattabhi Jois.
Un regard extérieur pour se redresser
Cette News Letter (mars 2019) part d’un constat honnête. Sur le chemin de la non-dualité, nous essayons d’être cohérents, mais nous savons combien c’est difficile. On nous demande de nous tenir droits : nous nous croyons verticaux, mais le miroir révèle une épaule plus haute, la tête inclinée, le bassin en rotation. Bref, nous sommes tordus — et il en va de même dans la posture (āsana). Nous avons besoin d’un regard extérieur pour nous redresser, nous aligner.

Lors de sa première rencontre avec Guruji, Anne confiait : « c’est étrange, mais pour la première fois de ma vie, j’ai fait l’expérience qu’une personne étrangère à moi-même savait mieux que moi ce qui était bon pour moi… et je lui ai fait confiance. » C’est dans cette qualité relationnelle qu’existe la transmission du Yoga : une relation d’amour, car sans amour on ne fait rien de valable.
Précision et unification
La pratique du Yoga Mālā est un travail de précision — du latin prae-cisus, « sans scission » : sans division de la respiration, du mouvement, de la concentration, du rythme. C’est un travail de réunification. Le trois n’est pas deux, deux n’est pas un : la non-dualité (advaita) n’est pas l’unité indifférenciée, mais un Un relationnel, articulé entre le « je » et le « tu » de nous-mêmes.
Les trois points, selon Pattabhi Jois
Le quatrième śloka du Yoga Korunta énonce :
« Trī sthānam avalokayé āsanam prāṇāyāma driṣṭiḥ » — « Les trois points importants de la méthode sont : la posture, la respiration et la concentration du regard. »
Commentaire de Śrī K. Pattabhi Jois — la méthode tient en trois points pratiqués simultanément :
- La posture (āsana) : le dos droit, pour étirer la colonne et assurer une bonne circulation.
- La respiration (prāṇāyāma) : la cage thoracique ouverte, pour un souffle long et doux.
- Le regard (driṣṭi) : la tête alignée, le regard posé sur l’un des neuf points, pour que l’esprit reste concentré et ne soit plus troublé par ce qui l’entoure.
Om Shanti,
Jean-Claude Garnier
En résumé
Se redresser demande un regard extérieur et une relation de confiance. C’est là, dans la précision et l’amour de la transmission, que la pratique devient réunification.
