Le temps circulaire est une clé de lecture essentielle de la pensée indienne, du rythme de la vie et de la pratique du yoga. Il relie respiration, mouvement, mythologie et expérience du présent : le temps n’est pas seulement une ligne, il est aussi rythme, cercle et transformation.
Le temps circulaire dans la pensée indienne
Cette lettre a été écrite en août 2012 à Athènes. La pensée indienne repose sur une représentation cosmogonique de la vie : contrairement à l’idée d’un hindouisme polythéiste, le Divin y est Un dans son essence.

Chez les anciens en Inde, le temps est vu de manière cyclique ou spiralée — comme chez Hésychios d’Alexandrie, qui écrivait que la vie est « chronos tou einai », le « temps de l’être ». Si l’on renverse la formule, comme le propose le théologien Raimon Panikkar, elle devient : « le temps est aussi la vie de l’être ». Or la vie, c’est la respiration, ce mouvement d’inspiration et d’expiration qui ne revient jamais en arrière : le temps est rythme.
Le rythme : création et destruction
La mythologie indienne évoque un rythme qui peut être création ou destruction, comme le montre Śiva, le danseur cosmique (Naṭarāja, le dieu des yogins), dans la danse du Tāṇḍava.
Cette qualité — création ou destruction — est comparable, dans le Jaïna-Yoga décrit par Jiddu Krishnamurti, à la qualité du « silence », positif ou négatif.
« Il est infiniment plus important de comprendre notre pouvoir de créer l’illusion que de comprendre la réalité. […] Nous voyons le monde à travers le regard des autres. Par l’attention, nous affaiblissons progressivement le pouvoir de l’illusion et saisissons la vérité : car l’illusion est une perception erronée du réel, créée par la pensée. »
Jiddu Krishnamurti

Entrer dans le cercle : le Yoga Mālā
Comment sortir de māyā, l’illusion, et entrer dans le rythme, dans le cercle ? La pratique du yoga est l’un des moyens : une respiration, un mouvement, une danse par laquelle le pratiquant (sādhaka) parvient à mokṣa, la délivrance.
« Adorer Dieu en dansant accomplit toute inspiration, et la voie de la délivrance s’ouvre à celui qui danse. »
Texte ancien, cité dans Les civilisations de l’Asie
Ce n’est pas un hasard si Śrī K. Pattabhi Jois a nommé son livre Yoga Mālā. Mālā, c’est le chapelet : les postures sont les perles, le fil est le souffle victorieux de l’ujjāyī, ininterrompu. On ne va jamais en arrière : de perle en perle, sans en sauter aucune, en rythme. Dans le temps rythmique, les postures passent mais ne se répètent pas ; grâce au mūla bandha et à l’ujjāyī, la tension reste constante dans le fil du collier.
Om Shanti,
Jean-Claude Garnier
En résumé
Le temps circulaire rappelle que la pratique ne répète jamais exactement la même expérience. Chaque souffle revient, mais chaque souffle est nouveau : c’est dans ce rythme vivant que le yoga invite à retrouver le présent.

