Āsana : bien plus qu’une posture

Le mot « āsana » ne se réduit pas à une posture physique : il ouvre une réflexion globale sur ce qu’est le yoga. Derrière l’exercice du corps se cache une science millénaire de l’équilibre — celle que Patañjali résume en trois mots : la posture doit être stable et confortable.

Āsana : « le fait de s’asseoir »

Āsanam désigne d’abord la posture de méditation. La racine verbale ās- signifie « s’asseoir » et le suffixe -ana, « le fait de faire » : littéralement, āsana est « le fait de s’asseoir, d’être assis ». Comme le disait Sri T. Krishnamacharya, le yoga est le cadeau de l’Inde au monde : toutes les disciplines corporelles occidentales — gymnastique, danse, thérapies du corps et de l’âme — lui ont emprunté quelque chose. Pourtant, le yoga classique reste méconnu, entouré de fausses idées.

« C’est cette croyance en un ordre cosmique, dont le rôle de l’art était de rendre visibles les principes, qui a servi de base à la théorie de tous les arts dans l’Inde ancienne. »
Alain Daniélou, Approche de l’hindouisme

Le yoga ne se limite pas au corps

Pour beaucoup, le yoga se réduit au haṭha-yoga, c’est-à-dire aux postures. Mais l’approfondir, ce n’est pas ajouter une posture de plus ni une heure de méditation supplémentaire : c’est élargir le champ de la conscience par le yoga de la connaissance (jñāna), le champ relationnel par le yoga de l’adoration (bhakti), le champ de l’action par le yoga de l’action (karma). Le yoga n’est pas une discipline ésotérique parfumée d’encens : c’est une science exacte du corps, appuyée sur l’anatomie et la physiologie, observée et répertoriée depuis des millénaires.

Un yoga dilué par la mondialisation

Aujourd’hui connu dans le monde entier, le yoga a souvent été dépouillé de son contexte traditionnel — parfois par de grands maîtres indiens eux-mêmes — pour le rendre accessible aux Occidentaux. Krishnamacharya avait étudié plus de 3 000 postures ; Iyengar en décrit 602 dans Light on Yoga ; le Bikram en compte 26 ; la série « Rishikesh » d’André Van Lysebeth, 12. Le yoga s’est indéniablement dilué.

La définition du yoga

Le mot « yoga » vient de la racine yug : lier, unir, diriger et concentrer son attention. C’est une pratique qui amène progressivement à intégrer, au corps le plus matériel, les corps subtils, jusqu’à l’âme — au moyen des postures (āsana), du souffle (prāṇāyāma), de la concentration (dhāraṇā), de l’écoute intérieure (pratyāhāra) et de la méditation (dhyāna).

Ce que disent les Yoga Sūtra

Dans les Yoga Sūtra (196 aphorismes), Patañjali offre une véritable cartographie, un « GPS » sur la route du samādhi. Fait remarquable : il n’emploie que trois fois le mot « āsana ». Il ne parle pas de posture du chien ou du corbeau, mais de droiture, d’équilibre physique et mental, de juste attitude intérieure. L’ouvrage se compose de quatre chapitres : Samādhi-pāda, Sādhana-pāda, Vibhūti-pāda et Kaivalya-pāda.

Le sūtra 2.29 énonce le cheminement en huit membres : yama, niyama, āsana, prāṇāyāma, pratyāhāra, dhāraṇā, dhyāna, samādhi. La pratique des postures en constitue le troisième : elles mettent fin à l’agitation corporelle, rassemblent les énergies éparses et améliorent la santé globale. Puis vient le cœur de l’enseignement sur l’āsana, en trois mots :

Sthira sukham āsanam — « La posture doit être stable, immobile et confortable. »
Yoga Sūtra II, 46

Om Shanti,
Jean-Claude Garnier

En résumé

Āsana n’est pas qu’une forme du corps : c’est une attitude juste, stable et confortable, porte d’entrée d’une science complète de l’unité intérieure.

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