Satcitānanda (सच्चिदानन्द), ou Sat-cit-ānanda, se traduit par « Existence-Conscience-Félicité » ou « Être-Conscience-Béatitude ». C’est une expérience heureuse, sublime et sans limites, l’état de la conscience pure où est perçue la réalité ultime.
- sat(सत्) signifie : l’Être, le vrai, l’absolu.
- cit(चित्) signifie : la pure conscience.
- ānanda(आनन्द) signifie : la félicité, la joie profonde, le pur bonheur.
Dans la philosophie indienne (notamment le Vedānta), il désigne la nature ultime de la réalité ou de l’Absolu (le Brahman). Les écritures ne présentent pas ces trois termes comme des qualités possédées par Dieu, mais comme la nature même de la Réalité ultime.
- Les Upaniṣads majeures (Mukhya Upaniṣads)
Dans les textes les plus anciens (écrits entre 800 et 500 avant J.-C.), le mot composé unique « Satcitānanda » n’apparaît pas encore. Cependant, les trois concepts y sont constamment associés séparément pour définir le Brahman à travers de célèbres déclarations (Mahāvākyas)
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- Taittirīya Upaniṣad (2.1.1) : Elle définit le Brahman comme :
सत्यं ज्ञानमनन्तं ब्रह्म
(Satyaṁ Jñānam Anantam Brahma)
« Réalité/Existence, Connaissance/Conscience, Infini ». Le terme Jñāna (connaissance) équivaut ici à Cit. - Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad (3.9.28) : Elle formule explicitement le lien entre la conscience et la joie en déclarant :
विज्ञानमानन्दं ब्रह्म
(Vijñānam Ānandaṁ Brahma)
« Brahman est Conscience et Béatitude ». - Chāndogya Upaniṣad (6.2.1) : Elle insiste sur la racine de l’Être en affirmant :
सदेव सोम्येदमग्र आसीदेकमेवाद्वितीयम्
(Sad eva saumya idam agra āsīd ekam evādvitīyam)
« Au début, mon cher, ce monde était l’Être pur (Sat), un sans second ».
- Taittirīya Upaniṣad (2.1.1) : Elle définit le Brahman comme :
- Les Upaniṣads tardives : L’apparition du mot composé
La fusion officielle des trois termes en un seul mot, Satcitānanda, apparaît dans des textes philosophiques ultérieurs :
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- Tejobindu Upaniṣad (3.11) : C’est l’une des premières occurrences textuelles du mot composé. Le texte proclame l’éveil spirituel en ces termes :
चिद्रूपोऽहं चिदाकाशश्चिदानन्दोऽस्म्यहं तथा । … सच्चिदानन्दमात्रोऽहं
(Cidrūpo’haṁ cidākāśaścidānando’smyahaṁ tathā | … Saccidānandamātro’haṁ)
« Je suis de la nature de la conscience. Je suis fait de conscience et de béatitude… Je suis l’Essence Unique, la Conscience absolue, la Béatitude sans bornes, l’existence (Sat-Cit-Ānanda). » - Prāṇāgnihotra Upaniṣad : Elle utilise également ce triptyque pour décrire l’état d’une personne libérée vivante (Jīvanmukta), qui réalise que son propre Soi (Ātman) est pure existence, conscience et félicité.
- Tejobindu Upaniṣad (3.11) : C’est l’une des premières occurrences textuelles du mot composé. Le texte proclame l’éveil spirituel en ces termes :
3. La Bhagavad Gītā et les textes védantiques
Bien que la Bhagavad Gītā n’utilise pas directement le terme technique fusionné, elle structure l’ensemble de ses enseignements sur ce principe :
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- Le détachement des fruits de l’action (Karma Yoga) purifie l’action dans le monde physique (Sat).
- La voie de la connaissance (Jñāna Yoga) illumine l’esprit (Cit).
- La voie de la dévotion (Bhakti Yoga) mène à l’extase et à l’amour divin (Ānanda).
C’est ensuite le philosophe Adi Shankara (VIIIe siècle) et l’école du Vedānta non-duel (Advaita) qui vont populariser et graver le terme Satcitānanda au sommet de la théologie indienne pour désigner l’état de libération (Mokṣa).