Jālandhara (जलन्धर) est un terme polysémique qui désigne :
- La pratique du yoga (Jālandharaet Jālandhara Bandha).
- Un démon de lamythologie hindoue (né de l’océan, adversaire de Shiva).
- La géographie de l’Inde avec la ville de Jalandhar au Pendjab.
- Jālandhara :C’est le positionnement et l’engagement de certains muscles de la gorge (notamment le resserrement de la glotte). Cet engagement anatomique est partagé avec la respiration Ujjāyī Prānāyāma, où le passage de l’air produit un son frictionné caractéristique, mais Jālandhara désigne spécifiquement l’ancrage de la gorge.
- Jālandhara Bandha :Technique utilisée dans le Prānāyāma pour contrôler le souffle et l’énergie vitale, plus connue sous le nom de « verrou de la gorge ». Le mot Jālandhara est formé de deux racines (et s’associe à bandha) : jala signifie « eau » (qui désigne ici l’amṛta, le nectar lunaire) et dhara signifie « tenir, soutenir ». Ainsi, Jālandhara Bandha peut être compris comme « le verrou qui retient le nectar ».
जलं धार्यते येन बन्धेन सः जालन्धरबन्धः।
jalaṃ dhāryate yena bandhaḥ saḥ jālandharabandhaḥ.
« Le verrou par lequel l’amṛta est retenu est le jālandhara bandha. »
Pratique :
Assis le dos droit, on allonge la nuque avant de déposer doucement le menton dans le creux entre les clavicules, sans forcer. C’est le sternum qui monte à la rencontre du menton.
Rôle :
Jālandhara Bandha est utilisé pendant les rétentions de souffle (kumbhaka) pour canaliser l’énergie (prāṇa), stimuler les centres énergétiques supérieurs et réguler la pression interne (notamment sanguine et intracrânienne).
- Dans la mythologie hindoue : L’Asura Jālandhara
Dans les textes sacrés (principalement le Śiva Purana et le Padma Purana), Jālandhara (जलन्धर) est le nom d’un roi démon (Asura) d’une puissance colossale. Son histoire est une métaphore spirituelle sur l’ego, la dévotion et les limites du pouvoir.
- Une naissance de feu et d’eau : Le dieu Indra ayant provoqué la colère de Śiva, ce dernier ouvrit son troisième œil. Pour éviter de détruire l’univers, l’énergie féroce de cet éclair fut projetée dans l’océan. En touchant les eaux, cette étincelle divine prit la forme d’un enfant. Le dieu de l’océan, Varuna, l’éleva et le nomma Jālandhara, ce qui signifie « celui qui retient l’eau ».
- L’armure de la dévotion (Vrinda) : Devenu adulte, Jālandhara devint le roi des Asura(s). Il épousa Vrinda, une femme d’une pureté et d’une dévotion spirituelle absolues. Le destin de Jālandhara reçut une bénédiction de Brahma : il resterait totalement invincible et immortel tant que sa femme Vrinda lui resterait fidèle et chaste. Protégé par ce bouclier karmique, il vainquit les dieux (Devas) et prit le contrôle des trois mondes.
- La chute causée par l’ego : Aveuglé par son orgueil (hubris), Jālandhara commit l’erreur fatale de convoiter Parvati, l’épouse de Śiva. Il tenta de la séduire par la ruse. Pour briser son invincibilité, le dieu Vishnu dut utiliser un stratagème : il prit l’apparence de Jālandhara pour tromper Vrinda. Pensant accueillir son mari, Vrinda brisa involontairement son vœu de fidélité, détruisant instantanément la protection occulte du démon.
- La dissolution finale : Privé de son armure mystique, Jālandhara affronta Siva dans un duel cosmique. Siva le terrassa à l’aide de son trident (Trishul). À sa mort, l’énergie divine qui l’animait retourna directement dans le troisième œil de Siva, fermant ainsi la boucle de sa création.
La légende de la plante Sacrée (Tulsi) :
En découvrant la ruse de Viṣṇu, Vrinda, le cœur brisé, maudit le dieu avant de s’immoler par le feu. De ses cendres naquit la plante sacrée de Tulsi (le basilic sacré). Touché par sa pureté, Viṣṇu décréta qu’aucune adoration ne lui serait offerte sans une feuille de Tulsi.
Lien géographique :
Selon la tradition locale, la ville actuelle de Jalandhar au Pendjab est construite à l’endroit exact où le corps du démon est tombé après sa défaite contre Śiva.