Le Temple de Kailāsanātha कैलासनाथ est situé un peu à l’écart de la ville de Kanchipuram (au Tamil Nadu), ce temple dédié à Śiva est un chef-d’œuvre absolu de l’époque Pallava. Construit au VIIe siècle par cette célèbre dynastie, il possède une merveilleuse ambiance renforcée par le parc verdoyant devant son entrée. Le site abrite de précieuses traces de fresques murales anciennes du VIIIe siècle, ainsi que de nombreuses inscriptions historiques gravées en langue sanskrit et en écriture Pallava-Grantha.
Signification des mots
- Kailāsa कैलास : désigne le mont Kailash, la demeure sacrée du dieu Śiva.
- Nātha नाथ : signifie le maître, le souverain ou le seigneur.
- Mandira मन्दिर : signifie le temple.
- L’ensemble s’écrit donc Kailāsanātha Mandira कैलासनाथ मन्दिर.
Le temple de Kailāsanātha est une réplique terrestre et symbolique du mont Kailash, la montagne sacrée de l’Himalaya où réside le dieu Śiva. Sa construction ne vise pas seulement à honorer une divinité, mais à manifester l’ordre du cosmos à travers l’architecture.
Un axe cosmique (L’Axis Mundi)
Dans la cosmologie hindoue, le mont Kailash est perçu comme le centre de l’univers, le pilier reliant la Terre au ciel.
- La tour centrale du temple (leVimāna) s’élève vers le ciel pour imiter le sommet enneigé de la montagne.
- Elle guide le regard et l’esprit du fidèle vers le haut, symbolisant l’ascension spirituelle et la libération.
Le temple de Kailāsanātha à Kanchipuram, construit vers 700 après J.-C. par le roi Pallava Rajasimha, possède une symbolique yogique et spirituelle fascinante qui s’exprime à travers ses 58 niches de méditation et son rituel de passage physique.
- Les 58 niches périphériques : les cellules de méditation
Contrairement à la structure ouverte d’Ellora, la cour du temple de Kanchipuram est entièrement ceinturée par 58 petites cellules ou chapelles miniatures.
- Symbole yogique : ces niches rappellent des grottes ascétiques. Elles abritent différentes formes de Śiva (comme Dakṣiṇāmūrti, le Śiva enseignant dans le silence).
- Pratique : elles ont été conçues pour que les yogis et les fidèles s’y installent individuellement afin de pratiquer le Prāṇāyāma (contrôle du souffle) et la Dhyāna (méditation profonde), à l’abri de l’agitation extérieure.
- Le couloir de la circonambulation (Pradakṣiṇa) : le cycle de la réincarnation
L’élément yogique et initiatique le plus marquant de ce temple réside dans le couloir très étroit qui entoure leŚivalinga(शिवलिङ्गम्) à 16 facettes à l’intérieur du sanctuaire. Pour effectuer la circumambulation traditionnelle (parikramā), le fidèle doit ramper :
- L’entrée (la Naissance) : on pénètre dans ce passage par une ouverture extrêmement basse et étroite. Pour y passer, le dévot doit se plier, ramper ou s’allonger, ce qui symbolise l’entrée de l’âme dans le corps physique à la naissance (le passage par l’utérus de la mère).
- Le chemin (le Yoga de la Vie) : le couloir est sombre et confiné. Le yogi doit y avancer avec une attention totale et un contrôle absolu du corps, symbolisant les épreuves de la vie terrestre et la discipline nécessaire pour maîtriser les sens.
- La sortie (la Libération / Mokṣa) : pour sortir, il faut à nouveau ramper à travers une petite trappe étroite. Sortir de ce passage noir pour retrouver la lumière de la cour symbolise la mort spirituelle de l’ego, la rupture du cycle des renaissances (Saṃsāra) et l’atteinte du mokṣa (la libération finale recherchée en Yoga).
- Les postures de Śiva (Karaṇa करण et Āsana आसन)
Les murs extérieurs et intérieurs du temple sont un véritable traité visuel de mouvement et de posture.
- On y trouve de nombreuses représentations de Śiva dans des postures de danse cosmique (Tāṇḍava), mais aussi assis dans des postures de méditation parfaites (Padmāsanaou Sukhāsana).
- Ces sculptures rappellent au yogi que le mouvement (l’action dans le monde) et l’immobilité (la méditation) sont les deux faces d’une même pièce pour atteindre l’équilibre intérieur.
La différence exacte entre Karaṇa (करण) et Āsana (आसन) réside dans la distinction entre le mouvement dynamique (la danse) et l’immobilité statique (la posture).
Synthèse des différences
| Caractéristique | Karaṇa (करण) | Āsana (आसन) |
| Traduction littérale | Action, acte, instrument [de faire] | Siège, fait de s’asseoir, posture |
| Nature du corps | Dynamique (mouvement d’une danse) | Statique (immobilité tenue) |
| Origine textuelle | Nāṭya-śāstra (traité sur le théâtre/danse) | Yoga Sūtra et textes de Hatha Yoga |
| But spirituel | Expression de la dévotion (Bhakti) et joie | Concentration (Dhāraṇā) et méditation |
Le point de comparaison
L’équivalent de la différence entre Karaṇa (mouvement) et Āsana (immobilité) au sein même du yoga, la comparaison la plus juste serait :
- Le Vinyasa Krama (le mouvement, la transition fluide d’une posture à l’autre).
- L’Āsana classique / Hatha (la tenue statique d’une posture pendant plusieurs respirations).
Dans les deux cas, on retrouve cette magnifique dualité indienne entre le flux de la vie (dynamique) et le centre de l’être (statique).