Cette danse sacrée très gracieuse, fluide et féminine, était à l’origine pratiquée dans les temples du Kerala (le sud-ouest de l’Inde). Les mouvements sont gracieux et l’expression du regard y a une importance particulière. La coutume veut que la danseuse soit vêtue d’un sari blanc à bordure dorée, le kasavu.
Origine : Racines Sanskrit & Malayalam
- Mohini (मोहिनी) : Terme sanskrit désignant une femme qui séduit ou qui charme. Dans la mythologie hindoue, Mohini est l’incarnation féminine du dieu Viṣṇu, apparue pour vaincre les démons.
- Aattam (आट्टम) : Mot issu du malayalam (la langue du Kerala) signifiant danse, mouvement, performance ou pièce.
Deux grands mythes fondent l’histoire de Mohini
L’histoire mythologique de Mohini est un récit majeur de l’hindouisme, principalement détaillé dans les textes sacrés appelés Purāṇas. Elle est la seule incarnation féminine (avatar) du dieu Viṣṇu, le protecteur de l’univers.
Voici les deux grands mythes qui fondent son histoire :

- Le barattage de l’océan de lait (Samudramanthana)
C’est l’histoire la plus célèbre liée à Mohini.
- Le conflit : Les dieux (Devas) et les démons (Asuras) s’allient temporairement pour baratter l’océan cosmique afin d’en extraire l’Amrita, le nectar d’immortalité.
- Le vol : Dès que le nectar apparaît, les démons s’en emparent par la force, menaçant l’équilibre du monde.
- L’intervention : Pour sauver les dieux, Viṣṇu prend la forme de Mohini, une femme d’une beauté incomparable et hypnotique.
- Le stratagème : Éblouis par ses charmes, les démons lui confient volontiers le pot de nectar. Mohini organise alors une danse séduisante et distribue le nectar. Elle feint l’équité mais distribue subtilement le breuvage magique aux dieux seuls, privant les démons de l’immortalité et assurant la victoire du bien.
- La destruction du démon Bhasmāsura
Un autre mythe célèbre montre Mohini en destructrice du mal par la ruse et la danse.
- Le vœu fatal : Le démon Bhasmāsura obtient du dieu Śiva un pouvoir terrifiant : quiconque reçoit sa main sur la tête est instantanément réduit en cendres (bhasma).
- La trahison : Devenu trop puissant, le démon décide de tester ce pouvoir… sur Śiva lui-même. Śiva doit s’enfuir.
- Le piège de la danse : Viṣṇu intervient à nouveau sous les traits de Mohini. Envoûté par sa beauté, le démon lui demande sa main. Mohini accepte à une condition : il doit reproduire exactement les mêmes mouvements de danse qu’elle.
- La ruse finale : Au point culminant de la danse, Mohini pose sa propre main sur sa tête. Captivé et imitant machinalement le geste, Bhasmāsura pose sa main sur sa propre tête et s’autodétruit instantanément.
Le lien avec la danse Mohiniyattam
Dans la danse classique Mohiniyattam, la danseuse n’interprète pas seulement ces histoires ; elle incarne l’essence même de Mohini. Ses expressions faciales (Abhinaya) et ses mouvements ondulants reproduisent le pouvoir de séduction et la grâce divine utilisés par Viṣṇu pour restaurer l’ordre cosmique (Dharma).
Le costume du Mohiniyattam est l’un des plus reconnaissables et épurés de toutes les danses classiques indiennes. Contrairement aux costumes très colorés d’autres styles, il se distingue par sa simplicité monochrome, conçue pour refléter la pureté divine et l’élégance céleste de l’enchanteresse Mohini.
Le Sari Kasavu
- La couleur de base : Le sari est d’un blanc cassé, crème ou ivoire. Cette couleur symbolise la pureté, la spiritualité et la paix.
- La bordure dorée : Le sari possède une large bordure en fil d’or brillant, appelée Kasavu (typique de l’artisanat du Kerala). L’or symbolise la divinité et la splendeur royale.
- Le plissé central :Un drapé en éventail (visiri) est fixé à la taille. Lorsque la danseuse fléchit les genoux dans la posture de base, cet éventail s’ouvre magnifiquement, rappelant le déploiement d’un paon ou le mouvement d’une vague.