Dveṣa (द्वेष) : l’aversion, la répulsion ou la haine. C’est le rejet instinctif ou la colère face à ce qui déplaît ou cause de la douleur.
Dans les Yogasūtrani de Patañjali, c’est l’un des cinq kleśas (les obstacles ou poisons de l’esprit) résultant de l’ignorance (avidyā).
Obstacle : Il empêche la paix intérieure et la clarté du mental.
Dans la pratique du yoga, dveṣa (l’aversion) se manifeste dès que le mental ou le corps rencontre un inconfort et cherche à le fuir ou à le combattre.
Sur le tapis (Pratique physique et respiratoire)
- Le rejet de certaines postures: Éviter systématiquement les postures exigeantes (comme les flexions arrière ou les ouvertures de hanches) parce qu’elles réveillent des tensions ou des frustrations.
- La colère envers son propre corps: Ressentir de l’irritation ou s’en vouloir de ne pas être assez souple, assez fort ou de perdre l’équilibre.
- La résistance face à l’immobilité: Vouloir sortir précipitamment d’une posture tenue longtemps (en Haṭhayoga) ou abréger Śavāsana (la relaxation finale) par pure impatience.
- Le blocage du souffle: Contracter la respiration (Prāṇāyāma) dès qu’une difficulté surgit, au lieu de respirer à travers l’inconfort.
Dans la méditation et le mental
- La lutte contre les pensées: S’énerver contre son esprit parce qu’il s’agite, ce qui ne fait qu’alimenter l’agitation.
- Le refus des émotions inconfortables: Repousser la tristesse, l’ennui ou l’anxiété qui remontent naturellement à la surface lorsque le corps s’ancre dans le silence.
- Le jugement de l’environnement: Blâmer le bruit extérieur, la température de la pièce ou le comportement du voisin de tapis pour justifier son manque de concentration.
Comment le Yoga invite-t-il à dépasser dveṣa ?
Le yoga n’impose pas de forcer la douleur, mais d’observer la réaction de rejet. On apprend à cultiver Vairāgya (le détachement) et Santoṣa (le contentement) : accepter la réalité du moment présent sans y apposer d’étiquette « bonne » ou « mauvaise ».
Conclusion
En conclusion, dveṣa n’est pas une fatalité, mais un mécanisme réflexe du mental face à l’inconfort. Sur le tapis comme dans la vie, la pratique du yoga ne cherche pas à éliminer de force cette aversion, mais à la mettre en lumière. En apprenant à observer nos résistances sans y réagir, nous transformons chaque obstacle en une opportunité de libération, ouvrant ainsi la voie vers une paix intérieure durable et inébranlable.