En sanskrit, le mot ćitta se traduit en français par la conscience, l’esprit, la pensée ou le mental au sens large. Il désigne le champ global de la conscience et de la vie psychique
Les trois parties de Ćitta
Dans la philosophie du yoga, le mental (ćitta) se compose de trois éléments :
- Manas: le mental inférieur qui reçoit les messages des sens.
- Ahaṃkāra: l’ego ou le sentiment d’identité personnelle (« je »).
- Buddhi: l’intellect, la raison et la faculté de discernement
Dans les textes sacrés
- On le trouve dans le célèbre aphorisme de Patañjali (Yoga Sūtra, I.2) :yogaś-ćitta–vr̥tti–nirodhaḥ, souvent traduit par « Le yoga est la cessation des fluctuations du mental ».
- Dans le bouddhisme, il représente l’esprit ou le cœur spirituel qui perçoit et ressent.
Pour apaiser le ćitta et calmer les vṛtti (les fluctuations du mental), le yoga classique propose un cheminement précis. Patañjali, l’auteur des Yogasūtrāṇi, explique que cet apaisement repose sur deux piliers fondamentaux : Abhyāsa (la pratique régulière) et Vairāgya (le détachement).
Voici les étapes pratiques et les techniques de méditation pour y parvenir.
- Le double pilier fondamental
- Abhyāsa (L’effort constant): Pratiquez tous les jours, même quelques minutes. C’est la répétition qui crée de nouveaux circuits neuronaux de calme.
- Vairāgya (Le lâcher-prise): Observez vos pensées sans les juger. Laissez-les passer comme des nuages dans le ciel sans vous y accrocher.
- Le point de départ : Réguler le souffle (Prāṇāyāma)
Le mental et la respiration sont intimement liés. Vous ne pouvez pas calmer l’esprit directement avec l’esprit, mais vous pouvez le faire via le corps.
- Samavṛtti समावृत्ति (La respiration carrée): Inspirez sur 4 temps, retenez l’air 4 temps, expirez 4 temps, restez poumons vides 4 temps.
- Nāḍī Śodhana (La respiration alternée): Cette technique équilibre les deux hémisphères cérébraux et apaise instantanément le système nerveux.
- Les étapes de la méditation selon le Yoga
Pour méditer efficacement, le yoga suit une progression scientifique en trois étapes successives :
- Pratyāhāra (Le retrait des sens): Fermez les yeux. Tournez votre attention vers l’intérieur. Coupez-vous des stimulations extérieures (bruits, écrans).
- Dhāraņā (La concentration): Fixez votre esprit sur un seul point pour réduire la dispersion. Si le mental s’échappe, ramenez-le doucement.
- Dhyāna (La méditation): C’est l’état où le flux de concentration devient fluide et continu, sans effort. Les fluctuations (vṛtti) ralentissent d’elles-mêmes.
- Objets de concentration recommandés pour débuter
- Le témoin silencieux (sākṣī): Devenez l’observateur de vos pensées. Dites-vous : « Je vois cette pensée passer, mais je ne suis pas cette pensée ».
- La répétition d’un Mantra (Japa): Répétez mentalement un son comme « Om » ou la phrase « So Ham » (Je suis Cela). Le mantra agit comme une ancre pour l’esprit.
- La concentration sur le corps (Kaya Sthairyam): Concentrez-vous sur l’immobilité totale de votrecorps ou sur le va-et-vient de l’air au bord de vos narines. (« kaya » signifie le corps et « sthairyam » signifie la fermeté ou l’immobilité).
Quelle est la différence exacte entre ćitta et manas
En philosophie indienne, et particulièrement dans le Yoga, la différence exacte tient à leur échelle : le « Ćitta »représente la totalité de la conscience et du psychisme, tandis que le « Manas » n’est qu’une fonction spécifique de ce psychisme, dédiée à la coordination sensorielle et à la pensée automatique.
Pour utiliser une métaphore moderne, si le Ćitta est l’ordinateur tout entier (incluant le disque dur, le système d’exploitation et la mémoire vive), le Manas est l’écran et le clavier (l’interface qui reçoit les entrées du monde extérieur et affiche les réactions immédiates).
Voici la distinction détaillée de ces deux concepts :
- Le Ćitta : La structure globale de la conscience
Le terme Ćitta (चित्त) englobe l’esprit dans sa globalité. Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, c’est le Ćitta tout entier qui doit être apaisé (Yogaś ćitta-vṛtti-nirodhaḥ).
Dans les systèmes du Sāṅkhya et du Vedanta, le Ćitta est souvent divisé en plusieurs fonctions (l’instrument intérieur ou Antaḥkaraṇa), mais il contient :
- La mémoire inconsciente: Le réservoir de toutes nos impressions passées, de nos traumatismes et de nos tendances cachées (saṃskāra).
- L’intellect discriminant (Buddhi): La capacité de juger, de décider et de comprendre la vérité.
- L’ego (Ahaṃkāra): Le sentiment du « Moi », qui s’approprie les expériences.
- Le mental inférieur (Manas).
- Le Manas : Le centre de tri sensoriel et réactif
Le Manas (मनस्) est une sous-partie opérationnelle du Ćitta. C’est un outil d’exécution qui fait face au monde extérieur. Ses fonctions sont strictement délimitées :
- Le onzième sens (Indriya): Il centralise les données des cinq sens de perception (vue, ouïe, etc.) et transmet les ordres aux cinq organes d’action (mains, pieds, parole, etc.).
- La pensée linéaire et automatique: Il produit le bavardage mental continu, les doutes (Sankalpa / Vikalpa) et les associations d’idées automatiques.
- L’absence de discernement: Le Manas ne prend pas de décisions profondes. Il réagit par impulsion (recherche du plaisir, fuite de la douleur). Face à une situation, le Manas doute (« Dois-je faire ceci ou cela ? ») et c’est la Buddhi (l’intellect) qui tranche.
Tableau comparatif direct
| Caractéristique | Ćitta (La Conscience globale) | Manas (Le Mental sensoriel) |
| Nature | Le contenant global / La substance psychique. | Une fonction / Un outil de ce contenant. |
| Orientation | Tourné vers l’intérieur (mémoire, essence) et l’extérieur. | Principalement tourné vers l’extérieur (les sens). |
| Rôle principal | Stocker les expériences et refléter la conscience pure (Puruṣa). | Coordonner les sens, générer les désirs immédiats et le doute. |
| Stabilité | Profond, il change lentement à travers les incarnations. | Extrêmement instable, il change de cible à chaque seconde. |
| Équivalent métaphorique | Un océan tout entier. | Les vagues de surface générées par le vent des sens. |
Pourquoi cette confusion existe-t-elle ?
Dans le langage courant moderne (et en hindi), les deux mots sont souvent traduits indistinctement par « l’esprit » ou « le mental ».
Cependant, chez Patañjali, le but ultime du Yoga n’est pas seulement de calmer le flux des pensées logiques (Manas), mais bien de dissoudre les vagues inconscientes les plus profondes ancrées dans le Ćitta pour libérer l’individu.