Le Kuchipudi se produisait autrefois dans les temples et en groupe. Cette danse est née dans le village de Kuchipudi en Andhra Pradesh (sud de l’Inde), dont elle porte le nom en langue Telugu. Son apprentissage dure environ 7 ans. Très similaire au Bharata natyam, elle combine des jeux de jambes rythmés, des expressions du visage et le mime pour raconter des histoires mythologiques sur une musique carnatique. Le moment fort de cette danse est le Tarangam : une figure technique spectaculaire qui consiste à danser sur les bords d’un plateau en cuivre tout en gardant un pot rempli d’eau en équilibre sur la tête.
La tradition ancienne du Kuchipudi était réservée de manière quasi exclusive aux danseurs masculins, des hommes brahmanes originaires du village de Kuchipudi. De manière générale, le spectacle commence toujours par des prières et des offrandes traditionnelles.
Le Kuchipudi est profondément ancré dans la dévotion et s’inspire principalement de la mythologie hindoue. À l’origine, cette danse était un drame dansé (Yakshagana) où les artistes chantaient et jouaient des rôles divins.
Voici les récits mythologiques les plus célèbres mis en scène dans le Kuchipudi :
- Le Bhama Kalapam (Le récit principal)
C’est la pièce maîtresse et la plus célèbre du répertoire de Kuchipudi.
- L’histoire: Elle raconte l’histoire de Satyabhama, l’épouse fière et jalouse du dieu Krishna.
- L’intrigue: Satyabhama prétend aimer Krishna plus que quiconque, mais son arrogance l’éloigne de lui. Le récit montre sa tristesse, sa jalousie envers sa rivale Rukmini, et sa réconciliation finale avec Krishna grâce à l’humilité.
- Le Gollakalapam
Une œuvre philosophique majeure sous forme de dialogue.
- L’histoire: Une dispute théologique entre un érudit (un Brahmane) et une simple bergère (une Gollabhama).
- Le message: À travers des métaphores, la bergère prouve que la grandeur d’un être humain dépend de ses actions et de sa piété, et non de sa caste ou de sa naissance.
- Les avatars de Vishnu (Dashavatara)
Une mise en scène très rythmée des dix incarnations du dieu Vishnu.
- L’histoire: Les danseurs incarnent successivement les formes de Vishnu (comme le poisson Matsya, le lion Narasimha, ou le prince Rama) venant sur Terre pour détruire le mal.
- Le style: Ce récit met en avant des changements d’expressions très rapides pour passer d’un personnage à un autre.
- Le Tarangam (La vie de Krishna)
Ce segment utilise les poèmes textuels duKrishna Leela Tarangini.
- L’histoire: Il célèbre l’enfance divine de Krishna, ses miracles et ses jeux avec les bergères (Gopis).
- La technique: C’est durant ce récit mythologique que le danseur exécute la prouesse technique de danser sur les bords d’un plateau en cuivre, tout en gardant un pot d’eau en équilibre sur la tête, symbolisant l’équilibre spirituel.
- Les récits de Shiva et Shakti
Bien que très centré sur Krishna, le Kuchipudi intègre aussi les histoires de Shiva.
- L’histoire: Les danses décrivent la puissance de la déesse Durga combattant les démons, ou la danse cosmique de Shiva (Tandava).
L’ouverture du Kuchipudi aux femmes au XXe siècle est le tournant historique majeur qui a sauvé et popularisé cet art à l’échelle internationale.
- Le contexte de la crise
Au début du XXe siècle, le Kuchipudi subit un déclin critique en raison de la colonisation britannique et de la stigmatisation des arts du spectacle traditionnels. Le système des familles de Brahmanes masculins (les Bhagavatulus) s’essouffle, et la transmission de la danse s’affaiblit.
- Le rôle du maître Vedantam Lakshminarayana Sastri
Ce grand maître et visionnaire (1886-1956) comprend que pour faire survivre le Kuchipudi, il faut briser les tabous orthodoxes de son village.
- La révolution: Il commence à enseigner la danse aux femmes en dehors du cadre des temples.
- Le changement de format: Il adapte le Kuchipudi, qui était un drame théâtral complet de groupe (Yakshagana), pour en faire un style de danse solo adapté à la scène moderne.
- La consécration par Vempati Chinna Satyam
C’est le chorégraphe légendaire Guru Vempati Chinna Satyam (1929-2012) qui donne au Kuchipudi sa forme contemporaine en fondant la Kuchipudi Art Academy à Chennai en 1963.
- La grâce féminine: Il affine les mouvements pour les adapter à la morphologie et à l’expression féminines, apportant une fluidité nouvelle aux côtés de la vigueur d’origine.
- Des icônes mondiales: Ses élèves, de grandes danseuses comme Yamini Krishnamurthy, Shobha Naidu ou Swapnasundari, deviennent de véritables stars. Elles font voyager le Kuchipudi à travers le monde, éclipsant presque les rôles masculins.
- L’impact esthétique aujourd’hui
- Fin du travestissement: Traditionnellement, les hommes jouaient les rôles de femmes (comme Satyabhama dans le Bhama Kalapam). Aujourd’hui, ce sont principalement les femmes qui incarnent ces personnages divins, rendant le jeu dramatique (Abhinaya) encore plus subtil et authentique.
- Une pratique majoritairement féminine: En un siècle, le Kuchipudi est passé d’une exclusivité masculine à une discipline étudiée et préservée en immense majorité par des femmes.