Arubathumoovar, en tamoul அறுபத்துமூவர்

Le terme Arubathimoovar signifie littéralement « les soixante-trois », en référence aux 63 saints et dévots shivaïtes, connus sous le nom de Nayanmars. Ce festival, qui leur est consacré, se déroule chaque année à Chennai, généralement entre les mois de mars et d’avril.

Arubathimoovar signifie littéralement « les soixante-trois », en référence aux 63 saints et dévots shivaïtes, appelés Nayanmars. Ce festival qui leur est consacré se déroule chaque année, entre mars et avril, au célèbre temple Kapaleeshwarar de Mylapore, à Chennai, et attire une foule considérable de fidèles et de visiteurs. Les statues des saints sont portées en procession dans les rues de Mylapore au cours d’un cortège coloré, orné de guirlandes de fleurs et rythmé par les musiques et chants dévotionnels. Tout au long du parcours, des cérémonies d’āratī (pūjā) sont célébrées à intervalles réguliers, tandis que des offrandes et des prasād sont distribués aux participants, offrant une expression particulièrement vivante des traditions religieuses de l’Inde.

Les statues en bronze des 63 saints sont transportées sur des palanquins richement décorés. Elles sont accompagnées par celles de Śiva (Kapaleeswarar) et de Pārvatī (Karpagambal), parées de bijoux précieux et installées sur des chars sacrés tirés par les fidèles. Une particularité de la procession réside dans le fait que les porteurs avancent à reculons afin que les saints gardent en permanence leur regard tourné vers les divinités.

Cette célébration rend hommage à la vie, à la foi et à la dévotion exemplaire des poètes-saints du shivaïsme tamoul. D’une durée de neuf à dix jours, elle constitue le huitième jour du Panguni Peruvizha, grand festival commémorant le mariage divin de Śiva et de Pārvatī.

Signification

  • Hommage aux dévots: Cette célébration rend hommage à la vie, à la foi et à la dévotion des Nayanmars, les poètes-saints du shivaïsme tamoul, dont l’exemple continue d’inspirer les fidèles.
  • Date mobile: Ce grand festival hindou, dont la date varie selon le calendrier traditionnel, dure généralement de neuf à dix jours. L’Arubathimoovar correspond au huitième jour du Panguni Peruvizha, une fête majeure qui commémore le mariage divin de Śiva et de Pārvatī.

 

Sur le plan du yoga et de la spiritualité

Pour le Rāja Yoga et le Kuṇḍalinī Yoga, le festival du Panguni Peruvizha dépasse le cadre d’une simple célébration religieuse. Il constitue une puissante métaphore de l’union intérieure et du cheminement vers l’éveil spirituel.

L’union de Śiva et Śakti : la dualité transcendée

Dans la tradition yogique, Śiva représente la Conscience pure (Puruṣa), immobile, transcendante et masculine, tandis que Śakti incarne l’Énergie cosmique (Prakṛti), principe dynamique et féminin à l’origine de toute manifestation.

Leur mariage symbolique illustre l’union de ces deux polarités présentes en chaque être humain. Cette fusion de la conscience et de l’énergie conduit à l’état de Samādhi, l’expérience de l’unité et de l’illumination spirituelle.

L’éveil de la Kuṇḍalinī

La procession des chars (Therotsavam) et la montée en intensité du festival peuvent être interprétées comme une représentation symbolique du parcours intérieur du yogi.

Dans de nombreux textes yogiques, le corps humain est comparé à un char guidé par l’esprit. Le déplacement harmonieux du char évoque ainsi la maîtrise de soi ainsi que l’alignement du corps, du souffle et du mental.

Le mariage divin symbolise également l’ascension de la Kuṇḍalinī Śakti, énergie latente reposant à la base de la colonne vertébrale, dans le Mūlādhāra Cakra. Son élévation jusqu’au Sahasrāra, au sommet du crâne, représente l’union ultime avec la conscience de Śiva.

L’harmonisation des canaux énergétiques

La pleine lune de Panguni associe la puissance maximale de l’énergie lunaire (Candra) à l’alignement astrologique de l’étoile Uttiram. Dans l’interprétation yogique, cette configuration favorise la réunion symbolique de Śakti et de Śiva.

Cet équilibre reflète l’harmonisation des deux principaux courants énergétiques du corps subtil : Īḍā, associé à l’énergie lunaire et aux qualités de calme et d’intériorisation, et Piṅgalā, lié à l’énergie solaire, à l’activité et au dynamisme.

Lorsque ces deux courants parviennent à un parfait équilibre, l’énergie peut circuler dans le canal central, Suṣumṇā Nāḍī, ouvrant la voie à un état de paix profonde et de conscience élargie recherché dans le Haṭhayoga.

La dissolution de l’ego : l’enseignement des Nayanmars

La procession des soixante-trois saints Nayanmars, célébrée lors de l’Arubathimoovar, constitue une illustration remarquable du Bhakti Yoga, le yoga de la dévotion.

Selon la tradition, ces saints ont atteint la libération spirituelle (Mokṣa) grâce à une dévotion absolue et à l’abandon complet de leur individualité dans le divin. Pour le pratiquant, ils rappellent que l’aboutissement du yoga ne réside pas seulement dans les pratiques techniques, mais également dans le dépassement de l’ego et le lâcher-prise total.

Pratiques spécifiques

Durant cette période de Pūrṇimā (pleine lune), Swami Gitānanda (1907-1993), de Pondichéry, enseignait dans son ashram plusieurs pratiques inspirées des enseignements du Śiva Saṃhitā :

  • Suṣumṇā Nāḍī Prāṇāyāma: pratiquer une respiration alternée (Nāḍī Śodhana) afin d’équilibrer Īḍā et Piṅgalā, puis visualiser le souffle s’élevant à travers Suṣumṇā depuis la base de la colonne vertébrale jusqu’au sommet du crâne.
  • Méditation sur l’Ājñā Cakra: porter l’attention sur l’espace situé entre les sourcils, traditionnellement appelé « troisième œil », lieu symbolique où les oppositions se résorbent dans l’unité.
  • Mantra Japa: réciter « Om Namaḥ Śivāya » ou « Aham Prema » (« Je suis l’Amour divin ») afin de favoriser la concentration mentale et l’intériorisation.
  • Candra Dhyāna(méditation lunaire) : méditer sous la lumière de la pleine lune en visualisant ses rayons pénétrer par le sommet du crâne, apaisant le mental et réduisant les fluctuations de la conscience (Citta Vṛtti).

« Lorsque Śakti s’unit à Śiva, toute dualité disparaît et
seule demeure la Conscience une. »

Om Tat Sat

Śiva et Pārvatī sur Nandi – marbre – Rishikesh, ville sainte de l’Inde, connue comme la capitale mondiale du yoga, située au bord du Gange et au pied de l’Himalaya

 

 

 

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